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Économie

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Économie

Cuba exporte sa production agricole, mais dépend presque exclusivement de l’extérieur pour son approvisionnement en énergie et en produits industriels. L’effondrement du bloc socialiste, qui représentait 80 % de ses échanges commerciaux, a plongé l’île dans une profonde crise économique – récession de 37 % en cinq ans – dont elle tente de sortir en introduisant un soupçon de libéralisme. En 1994, on enregistre les premiers signes d’une croissance du PIB (0,7 %), qui s’est confirmée les années suivantes – les sources officielles citent les chiffres de 1,2 % de croissance en 1998 et de 5 % en 2000 et 2004, mais il est impossible de les vérifier. Pour 2004, le chiffre de 3 % semble plus proche de la réalité. Cependant, la crise économique est très loin d’être surmontée. À la recherche de nouveaux partenaires commerciaux, Cuba mise sur le tourisme pour se procurer les devises nécessaires à la survie de l’île, tout en continuant sa politique de baisse des dépenses nationales.


L’apparition du secteur privé

Depuis le début des années 1990, l’État a été peu à peu contraint d’assouplir son monopole quasi absolu dans tous les secteurs de l’économie. Une série de réformes, visant à élargir le secteur privé, a permis d’injecter des devises dans le pays exsangue.

Des investissements étrangers

À partir de 1992, les sociétés étrangères ont été invitées à investir en partenariat­ avec les entreprises nationales. Le secteur des télécommunications, de l’exploitation minière et pétrolière ainsi que le tourisme ont reçu des capitaux canadiens, mexicains et européens.

Depuis 1995, tous les secteurs de l’économie, à l’exception de la défense, de la santé et de l’éducation, sont ouverts aux investisseurs étrangers ainsi qu’aux Cubains exilés agissant par l’intermédiaire de sociétés étrangères. Cette libé­ralisation répond à un besoin urgent de devises, mais les faibles garanties qu’offre le pays aux entreprises empêchent toute politique à long terme. S’ajoutent les difficultés liées à l’approvisionnement, les communications aléatoires ainsi qu’un coût des crédits élevé en raison du risque politique. L’adoption de la loi Helms-Burton a également détourné de l’île quelques investisseurs redoutant la perte de leur marché américain.

Une économie parallèle

La crise que traverse le pays a engendré une pénurie chronique dans tous les domaines et, par voie de conséquence, un marché noir grandissant. La plupart des biens de consommation de base ont disparu des boutiques étatiques et, dans les magasins en devises, les produits importés sont vendus à des prix inaccessibles – sensiblement équivalents aux prix européens – pour la majorité des Cubains, dont le salaire moyen s’élève à 290 pesos par mois (environ 8 €).

En août 1993, la détention de dollars a enfin été autorisée puis, en septembre, les Cubains ont pu créer des entreprises familiales grâce à la loi sur les cuentapropistas (travailleurs à leur propre compte). On voit alors se multiplier les paladares (petits restaurants chez l’habitant, limités à douze couverts chacun) et casas particulares (maisons d’hôte, louant quatre chambres maximum chacune, puis deux chambres seulement aujourd’hui), des petites entreprises qui ne peuvent employer que des membres de la famille. Ces deux réformes ont permis d’endiguer le chômage et, surtout, de faire circuler le précieux « billet vert ».

Depuis l’introduction d’un impôt sur les personnes physiques, en 1996, les gains en devises sont fortement taxés. La pression fiscale qui pèse sur les cuentapropistas a engendré de multiples faillites : en 1997, 25 % des petites entreprises du secteur privé auraient disparu (artisans, paladares , chambres chez l’habitant, etc.), ne représentant plus que 3,5 % de la population active. L’augmentation récente des charges de 5,2 % a encore réduit leur nombre. Certains continuent clandestinement leur activité, malgré les risques d’amende.

À cela s’ajoute la part non négligeable – entre 800 millions et 1,2 milliard de dollars par an – que les Cubains ­exilés envoient à leur famille restée sur place. Une manne providentielle qui s’est sensiblement tarie quand l’administration Bush a interdit aux ressortissants américains de se rendre à Cuba, limité les envois d’argent des exilés cubains à 100 $ par mois et les voyages familiaux dans l’île à un séjour de 14 jours tous les trois ans. Ces dispositions ont été levées par Barack Obama en 2009.

Ces deux économies parallèles (marché noir et cuentapropistas ) ont créé un déséquilibre flagrant entre la minorité de Cubains détentrice de devises, pouvant accéder aux biens de consom­mation et soucieuse de préserver ses avantages, et les autres, qui doivent se contenter de leur maigre salaire et de l’approvisionnement ­aléatoire des magasins d’État.


La canne à sucre domine le secteur primaire

Le secteur agricole domine largement l’économie cubaine. Depuis la « période spéciale », la campagne a effectué un incroyable « bond en arrière ». Faute d’essence et de pièces détachées, le bœuf a remplacé le tracteur et la machete s’est substituée à la machine.

Une monoculture aléatoire

L’histoire de Cuba est indissociable de la canne à sucre . Introduite par les Espagnols lors de leur conquête du Nouveau Monde, elle trouve un terrain idéal et des conditions climatiques favorables sur l’île. Les colons commencent sa culture dès 1523, mais il faut attendre la fin du 16e s. pour qu’une véritable industrie sucrière prenne son essor. Une conjonction d’éléments assure son expansion au cours des siècles suivants. La demande européenne va croissant, l’indépendance des États-Unis crée un nouveau marché, l’industrie sucrière ­haïtienne s’effondre à la fin du 18e s. Au siècle suivant, un mouvement de concentration et de modernisation de l’industrie sucrière s’avère nécessaire pour lutter contre la concurrence de la betterave européenne. Les États-Unis investissent des sommes colossales dans cette industrie fortement ébranlée par la première guerre ­d’Indépendance. Lorsque Cuba passe sous l’hégémonie américaine, le paysage agricole est celui d’une monoculture sucrière . Le destin de l’île est plus que jamais scellé à celui du « roseau sucré », chaque fluctuation des cours mondiaux se répercutant immédiatement sur l’économie cubaine­.

Au lendemain de la Révolution, le nouveau gouvernement tente d’échapper à cette « tyrannie du sucre » en diversifiant les cultures. L’apparition d’autres produits agricoles provoque ainsi une baisse de moitié de la production sucrière en 1963. Puis la signature de nouveaux accords avec l’Union soviétique – assurant des prix stables au-dessus­ du cours mondial et l’écoulement de la production – contribue à un changement radical de la politique agricole. À nouveau, le sucre se voit hissé au rang de priorité nationale avec des perspectives de croissance régulière. Les autorités fixent une production record pour 1970 ; toutes les forces de la nation se tendent vers un objectif unique, celui de la Gran Zafra (Grande Récolte) qui doit atteindre les 10 millions de tonnes. Fidel Castro montre l’exemple, se faisant photographier machete à la main dans une cannaie. Le pays atteint le meilleur résultat de son histoire (8,5 millions), au détriment de tous les secteurs de l’économie, sans parvenir à l’objectif prévu.

Après avoir enregistré une baisse conséquente au lendemain de la Gran Zafra, le secteur nouvellement mécanisé connaît à nouveau une croissance régulière (environ 7 millions de tonnes annuelles) jusqu’à la « période spéciale ». Comme le reste de l’économie, la production sucrière est touchée de plein fouet par la crise. Après une chute vertigineuse à 3,3 millions de tonnes en 1995, suivie d’une reprise en 1996, la récolte de 1999 a atteint 3,8 millions de tonnes, pour retomber à 2,2 millions en 2004-2005. Malgré ces résultats décevants, Cuba demeure parmi les premiers producteurs mondiaux de sucre, secteur qui représente encore près de 70 % de ses exportations.

Le tabac

La renommée de Cuba tient aussi à son tabac ,servant à fabriquer des cigares de grande qualité. Les cultures du triangle de la Vuelta Abajo , dans la région de Pinar del Río, sont les plus réputées de l’île. Les vegueros (planteurs propriétaires d’une plantation) possèdent en moyenne 6 à 7 ha de plantations, la superficie maximum autorisée étant plafonnée à 5 caballerías (environ 67 ha). Plus des deux tiers de la production sont entre leurs mains, mais l’industrie du cigare appartient à la Cubatabaco, un monopole d’État. Le tabac n’a pas été non plus épargné par la pénurie d’engrais et d’énergie. Le pays essaie de « remonter la pente » et, après de mauvaises années, a produit 40 000 t de tabac en 2004.

Des tentatives de diversification

Parmi les autres produits agricoles importants dans l’économie cubaine, on trouve la patate douce, le café et surtout le riz , dont l’occupation des sols a été considérablement augmentée depuis les années 1970 pour tenter de parvenir à une auto­suffisance. Des programmes d’assainissement dans certaines régions ont permis la plantation d’ agrumes (péninsule de Zapata, île de la Jeunesse). Malgré des efforts fournis dans le domaine de l’ élevage , la viande de bœuf est une denrée rare, dont les établissements étatiques ont le monopole, et donc, que seuls les étrangers peuvent consommer, et la production laitière reste insuffisante­.

Le secteur de la pêche ne s’est développé qu’à partir de 1959. Outre une augmentation de la consommation nationale, certains produits sont destinés aux restaurants étatiques (payables en devises) et à l’exportation, comme le thon, les crevettes et les langoustes­ .


Des ressources sacrifiées au profit de l’agriculture

Avant 1959, l’industrie cubaine était peu développée puisque le pays importait ses produits manufacturés des États-Unis. Après la Révolution, malgré quelques efforts, l’agriculture est demeurée le secteur prioritaire. Ces dernières années, les investissements étrangers devraient permettre de valoriser le secteur de l’industrie et celui de l’extraction des ressources naturelles du pays.

Parmi les minerais présents dans le pays, le nickel occupe une place essentielle. Les réserves se trouvent au nord de la région d’Holguín, où fonctionnent les usines de Moa et de Nicaro. Cuba se place parmi les premiers producteurs mondiaux de nickel avec plus de 75 000 t extraites en 2005. D’autres ressources sont encore partiellement exploitées tels le manganèse, le chrome, le cobalt ou le fer.

Le pays possède quelques nappes de pétrole , au nord de la région de ­Matanzas, qui ont fourni un peu moins de deux millions de tonnes en 2006. Des compagnies étrangères ont entrepris des travaux de prospection off-shore dans cette région. Mais en attendant les résultats, le pays continue de dépendre quasi exclusivement de ses importations dans ce domaine. Depuis l’arrêt de l’aide soviétique, le gouvernement a surtout misé sur les économies d’énergie. L’application de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (Alba), signée en 2004 entre Cuba et le Venezuela, permet d’échanger du pétrole contre une coopération en matière d’éducation et de santé. Avec la « période spéciale », la construction de la seule centrale nucléaire du pays, près de Cienfuegos, a dû être annulée.

Malgré une forte pénurie de médicaments, le pays se distingue par une ­ industrie pharmaceutique de qualité. Cuba exporte vers des pays d’Amérique latine, les pays de l’Est et l’Afrique de nombreux médicaments, dont un vaccin contre un type de méningite­.


La priorité nationale : le tourisme

Les chiffres sont éloquents : 600 000 touristes en 1993, 1,5 million en 1998, 1,8 million en 2002, la barre des 2 millions ayant été franchie en 2004. Les visiteurs les plus nombreux sont les Canadiens, derrière lesquels viennent les Italiens, les Espagnols, les Français et les Allemands. Si, comme prévu, Washington levait l’interdiction faite à tous ses citoyens de se rendre librement à Cuba, les Étas­uniens pourraient devenir les premiers visiteurs, avec près de 1,5 million de voyageurs dès la première année. Le tourisme, qui est la deuxième source de devises de Cuba derrière l’exportation de services professionnels et techniques, verrait son poids renforcé. En 2007, le pays a reçu 2,3 millions de visiteurs et engrangé 2,7 milliards de dollars.

On comprend que le tourisme est devenu la priorité nationale : des hôtels modernes financés par des entreprises étrangères sortent de terre, des édifices coloniaux sont réhabilités, de nouveaux pedraplenes (routes-digues) relient les cayos à l’île principale et les aéroports internationaux s’agrandissent.

Malgré une forte tradition de circuits organisés , Cuba se prête aisément au voyage individuel. Cette formule a permis aux particuliers, qui proposent des chambres ou des tables d’hôte, de profiter directement de l’afflux de devises.

Cependant, la relative tolérance dont a bénéficié le circuit privé est en train de disparaître. Depuis 1997, la hausse considérable de l’impôt sur ces activités a quelque peu assombri l’avenir des petites entreprises familiales. Et des règles sévères, dont l’application est strictement contrôlée par différents corps d’inspecteurs, rendent sans cesse plus compliquées ces activités. Malgré tout, nombreuses sont les familles qui tentent leur chance, et si nombre d’entre elles sont contraintes de mettre la clé sous la porte, on continue à voir fleurir de nouvelles adresses de paladares et, surtout, de casas particulares partout dans l’île. Dans les sites les plus touristiques – exception faite de Varadero, où les autorités cubaines ont complètement interdit ces entreprises privées pour ne pas concurrencer les établissements d’État –, la majorité des maisons privées accueillent désormais des touristes.

Un nouveau paysage social

L’une des conséquences de l’arrivée massive d’étrangers sur l’île est le renversement de la pyramide sociale. Un fossé considérable se creuse entre les détenteurs de devises et les autres. Vous rencontrerez inévitablement des avocats, des enseignants, des architectes, des ingénieurs qui ont préféré se détourner de leur profession pour ouvrir un paladar (restaurant privé) ou promener les touristes à bord de leur véhicule.

Les contacts entre les étrangers et la population se sont inévitablement multipliés dans un climat gênant d’ « apartheid­ touristique » . Les Cubains n’ont pas accès à certaines plages (tous les cayos , notamment, leur sont interdits) ni à la plupart des hôtels internationaux, d’autres établissements étant officiellement réservés au tourisme national. À l’inverse, « leurs » taxis sont interdits aux étrangers sous peine d’amende pour le conducteur ; quant à « leur » monnaie, elle ne leur permet pas d’acheter grand-chose d’autre qu’une nourriture de piètre qualité­.

La crise économique a également vu l’émergence du jineterismo (de jinetero , littéralement « écuyer ») : aux abords des lieux touristiques, on tentera systématiquement de vous soutirer quelques euros en échange de tous les services possibles et imaginables. Vous serez chaque jour confronté à de jeunes jineteros , débordant parfois d’imagination pour vous mener dans un paladar ou une maison d’hôte où ils toucheront une commission. Les hommes seront souvent abordés par celles que l’on appelle pudiquement les jineteras , qui troquent leur charme contre quelques euros, des vêtements, une soirée au restaurant ou la perspective d’un mariage avec un passeport à la clé.


Cuba, prestataire de services

La première source de devises de Cuba est l’exportation de services professionnels et techniques, pour l’essentiel aujourd’hui l’aide médicale fournie au Venezuela , qui a rapporté en 2008 l’équivalent de 8,4 milliards de dollars, soit trois fois plus que le secteur touristique. 14 000 médecins cubains sont à pied d’œuvre dans les zones défavorisées du pays. En échange de cette aide, Caracas livre à Cuba 53 000 barils de pétrole par jour, soit un tiers de ses besoins énergétiques, à un tarif préférentiel. Ce troc correspond exactement à l’aide financière qu’apportait naguère l’URSS à La Havane. Dans la même veine, l’ Algérie fournit du gaz à prix subventionné. D’autres pays plus pauvres comme Haïti reçoivent l’aide sans verser de contreparties. Outre les médecins, Cuba exporte à l’étranger des ingénieurs, enseignants, urbanistes, militaires, entraîneurs sportifs, etc.

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