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Histoire

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Histoire

L’histoire de l’Espagne offre une succession de sommets entrecoupée de périodes sombres : une culture brillante au paléolithique ; un royaume mythique assimilé à l’Atlantide ; une série d’invasions : carthaginoise, romaine, wisigoth, arabe ; un âge d’or musulman, grignoté lentement par la Reconquête ; l’Inquisition et les persécutions religieuses ; la conquête du Nouveau Monde et l’apogée colonial ; le déclin et les troubles sociaux ; le Front populaire et le franquisme ; l’avènement de la démocratie et la modernisation du pays… Au fil du temps se tisse une identité nationale complexe, aujourd’hui apaisée, qui fut longtemps marquée par les conflits territoriaux et religieux.


Les origines

Les premières traces de civilisation dans la péninsule Ibérique appartiennent au paléolithique supérieur : une centaine de sanctuaires d’art pariétal, concentrés pour l’essentiel dans les provinces du nord, qui témoignent d’une grande culture à l’époque magdalénienne. Les plus anciennes datent de 40 000 ans ; la plus remarquable, Altamira, aurait été peinte entre 15500 et 11500 av. J.-C .

Les Ibères

Vers 3000 av. J.-C., les Ibères venus d’Afrique du Nord s’installent au sud de la péninsule, puis des Ligures et des Celtes entrent par le nord. Réunis sous l’appellation Celtibères, ils développent une culture sédentaire et exploitent un sol riche en minerais (cuivre, étain, argent, or), qu’ils transforment en objets raffinés.

Au 6 e s., les Grecs appellent Iberoi les habitants d’une tribu de la côte méridionale ou occidentale de la péninsule Ibérique. Il s’agissait très vraisemblablement d’une population éclatée. La population, pré-indo-européenne, est très diverse. Elle est installée sur un large territoire allant de l’Andalousie au Languedoc. Elle est en contact avec les marchands phéniciens à partir du 8 e s. et avec les Grecs à partir du 6 e s. La langue utilisée n’est pas indo-européenne et l’écriture, semi-syllabique, est partiellement dérivée des alphabets phénicien et grec.

L’habitat, éclaté, est organisé en agglomérations fortifiées de taille modeste, sur des sites surélevés et donc protégés.

La culture se développe très rapidement, au contact des Grecs et des Phéniciens.

Les colonies phéniciennes

Les richesses du territoire attirent les commerçants phéniciens qui fondent des comptoirs sur le pourtour méditerranéen (notamment Cadix, en 1100 av. J.-C.), bientôt imités par les Grecs. Dans le Levant, ils importent la culture du palmier, qui sera reprise par les Arabes aux siècles suivants.

Les Phéniciens s’implantent dans l’archipel des Baléares durant la première moitié du I er millénaire av. J.-C., fondant un comptoir à Sanisera, sur la côte nord de Minorque. Ils repousseront, deux siècles plus tard, les Grecs, qui donneront aux îles leur nom (Ballein) .

Le royaume de Tartessos

Des féconds échanges commerciaux naît le royaume de Tartessos, parfois assimilé à la Tarsis biblique ou à l’Atlantide. Ses richesses et son raffinement, qui éblouirent Grecs et Phéniciens, continuent d’impressionner les archéologues. Le royaume disposait de lois écrites en vers, d’une organisation complexe en sept classes sociales et d’un art consommé du travail des métaux. Son roi Arganthonios, qui régna au 7 e s. av. J.-C., fut loué par Hérodote, Anacréon et Pline. Malgré les nombreuses découvertes archéologiques, l’emplacement de la capitale n’a pu être établi avec certitude : on suppose qu’elle se trouvait vers Sanlúcar de Barrameda (province de Cadix).

L’invasion carthaginoise

Vaincus par les Romains au cours de la première guerre punique, les Carthaginois emmenés par Hamilcar Barca envahissent le sud de la péninsule en 237 av. J.-C. pour en faire leur nouveau bastion. Ils chassent les marchands grecs et phéniciens et provoquent la ruine du royaume Tartessien. En 226, Hasdrubal fonde Carthagène ( Carthago Nova , la Nouvelle Carthage). Les Phéniciens entrent ainsi en possession des plus riches mines d’argent du monde antique.

Inquiets de voir la domination carthaginoise sur l’Hispanie, les Romains entament une négociation diplomatique, qui se conclut par un accord de paix faisant de l’Èbre la nouvelle frontière.

La seconde guerre punique

Hannibal, fils d’Hamilcar, repasse à l’offensive : il franchit l’Èbre et s’empare de Sagonte (ville grecque alliée de Rome) en 219. C’est le début de la seconde guerre punique. Son armée, composée de nombreux Celtibères, traverse la Gaule et les Alpes pour attaquer l’Italie. Alors qu’il est vainqueur des Romains au lac Trasimène, la flotte carthaginoise est détruite dans l’embouchure de l’Èbre. En 216 av. J.-C., les Romains cherchent à s’établir en Espagne, pour empêcher les Carthaginois de recruter leur infanterie parmi la population ibère. Publius et Cneus Scipion sont donc envoyés en Espagne pour s’opposer à Hasdrubal. Ils sont tués en 212. En 211, Publius Cornelius Scipion (dit « l’Africain ») est nommé proconsul d’Espagne. Il s’empare de la Nouvelle Carthage et entreprend la conquête du pays. Hasdrubal, suivi de son armée, quitte l’Espagne pour courir au secours d’Hannibal (208). L’Espagne est abandonnée aux Romains. Hasdrubal sera tué l’année suivante, tandis qu’Hannibal sera vaincu par Scipion à Zama, en Afrique, en 202 av. J.-C.


Des Romains aux Wisigoths

Malgré le déséquilibre des forces, les Celtibères résistent longtemps au nouvel envahisseur : débutée en 210 av. J.-C. avec le débarquement de Scipion l’Africain à Ampurias, la conquête romaine ne s’achève qu’en 19 av. J.-C. avec la reddition des dernières poches de résistance dans les provinces du nord. En 133 av. J.-C., les habitants de Numance préférèrent brûler avec leur ville plutôt que de la livrer à Scipion Émilien.

L’Espagne romaine

La guerre finie, Rome divise la péninsule en trois provinces : la Tarraconaise au nord, la Bétique au sud et la Lusitanie à l’ouest. Le latin devient la langue officielle. La population se convertit progressivement aux us et coutumes romains. Les villes et les campagnes connaissent une longue période de stabilité et de prospérité. Quelques citoyens illustres apparaissent, comme Sénèque le philosophe ou Trajan et Hadrien, respectivement premier et deuxième empereurs romains d’origine hispanique.

Le christianisme entre dans la péninsule au cours du 1er siècle. Il s’impose officiellement en 392, sous le règne de Théodose, troisième empereur d’origine hispanique, qui interdit le paganisme.

Le royaume wisigoth

Avec le 5 e s. commence le déclin de l’Empire romain. En 410, Rome est mise à sac par Alaric, roi wisigoth. Dans la péninsule, les invasions se multiplient : Francs, Suèves, Vandales et Alains saccagent villes et campagnes. Les Wisigoths débarquent à leur tour : largement romanisés, mieux organisés, ils parviennent à s’imposer aux autres groupes et à fonder une dynastie. En 586, leur roi Léovigilde expulse les fonctionnaires impériaux, mettant fin à huit siècles de présence romaine.

Tolède devient la capitale de leur royaume, qui s’étend des Pyrénées à Gibraltar. L’organisation sociale, calquée sur celle de Rome, conserve le système de l’esclavage des Ibères et des grandes propriétés. La langue vernaculaire, d’origine latine, s’impose progressivement à celle des Wisigoths. En 587, leur roi Recarède se convertit au catholicisme et un lien étroit se noue entre l’état et l’église.

Au début du 8 e s., des luttes de succession fragilisent le royaume. En 711, appelé en renfort par l’un des prétendants au trône, le Berbère Tarik traverse le détroit de Gibraltar avec une armée de 7 000 hommes. Il bat le roi Rodéric à la bataille de Guadalete, progresse vers le nord et entre dans Tolède : le Royaume wisigoth s’effondre.


Al-Andalus, âge d’or musulman

Les musulmans conquièrent la péninsule en moins de trois ans, malgré un revers à Covadonga en 718 (une défaite importante, car l’enclave servira de point de départ à la Reconquête chrétienne). Ils franchissent les Pyrénées et tentent d’envahir le Sud de la France, mais Charles ­Martel les arrête à Poitiers en 732.

La péninsule Ibérique, que les Arabes appellent al-Andalus (« l’île aux Vandales »), va rester sous domination musulmane pendant près de sept siècles.

Une civilisation exceptionnelle

Entre 711 et 1492, les musulmans (Arabes et Berbères) développent en Espagne une civilisation exceptionnelle, que beaucoup considèrent aujourd’hui comme l’âge d’or de l’islam. Les sciences fleurissent : optique, hydrologie, astronomie, géographie, médecine et mathématiques, avec l’invention du zéro et du système décimal.

La pharmacie et la chimie apparaissent avec Avicenne, au 11 e s.

La pensée grecque est sauvée de l’oubli, étudiée et commentée à Tolède et Cordoue, qui dispose d’une université un siècle avant l’Europe. Les arts et l’architecture connaissent une phase brillante. L’agriculture bénéficie de l’introduction de nombreuses espèces et des techniques d’irrigation. Enfin, la tolérance religieuse entre musulmans, juifs et chrétiens y demeure longtemps exemplaire.

L’émirat de Cordoue

Les Arabes s’installent dans la vallée du Guadalquivir et cèdent aux Berbères les terres moins productives de Castille, de León et de Galice. En Arabie, la dynastie abbasside élimine les Omeyyades.

En755, le brillant Abd er-Rahman I er , survivant de la famille omeyyade, débarque à Cordoue en 756. Il unifie la masse hétérogène des musulmans et s’autoproclame émir. C’est le début de l’âge d’or d’al-Andalous : la mise en place de systèmes d’irrigation et l’importation de nouvelles semences sortent les campagnes de leur misère ; philosophes, savants et artistes affluent ; la construction de la mosquée de Cordoue débute en 784 : la ville, où se mêlent pacifiquement musulmans, juifs et chrétiens, est au faîte de sa splendeur, rivalisant avec Bagdad et Constantinople.

La situation se dégrade à la mort d’Abd er-Rahman I er : son successeur, al-Hakem I er , est un violent despote, et les tensions intercommunautaires resurgissent.

Le califat de Cordoue

Le subtil Abd er-Rahman III devient calife en 929. Il pacifie le royaume et renforce les provinces militaires de Tolède, Badajoz et Saragosse. Sa cité palatiale, la médina Azahara, est un joyau architectural. Des réseaux de châteaux forts sont édifiés pour protéger le territoire. La péninsule retrouve sa vocation commerçante et méditerranéenne, quasiment abandonnée à l’époque wisigothe. Le nouveau califat devient le royaume occidental le plus puissant, et sa cour, la plus raffinée du temps.

à la mort du calife, l’histoire se répète avec l’arrivée d’un nouveau despote, al-Mansour, qui lance une série de campagnes militaires contre les bastions chrétiens du nord (León, Barcelone, Saint-Jacques-de-Compostelle). Les tensions se multiplient. à sa mort, en 1031, le califat éclate en petits royaumes, les taifas .

C’est la fin de la brillante dynastie omeyyade : la destruction de la belle médina Azahara symbolise sa chute.

Les royaumes de « taifas »

Les taifas s’organisent en fonction de critères ethniques : les Berbères contrôlent la côte du Guadalquivir jusqu’à Grenade, alors que les Arabes prédominent à Cordoue et à Séville. Leurs alliances se font et se défont, certains n’hésitant pas à passer des accords avec les chrétiens quand le besoin s’en fait sentir. Ces derniers profitent de la faiblesse de leurs ennemis et s’emparent de plusieurs places importantes. En 1085, Alphonse VI , roi de Castille et León, conquiert Tolède. Des expéditions chrétiennes ont lieu contre Séville et Badajoz.

Mohammed II , roi de Séville, se sent menacé et demande de l’aide aux Almoravides du Maroc. Ceux-ci traversent le détroit, battent les chrétiens à Sagradas en 1086 et opèrent la réunification des taifas . Mais leur pouvoir s’avère fragile et les taifas réapparaissent. Les Almohades de Libye prennent leur place en 1144 et font de Séville leur nouvelle capitale. Mais l’emprise des musulmans sur l’Espagne ne cesse de faiblir : en 1195, la bataille d’Alarcos constitue le dernier succès d’envergure de l’armée almohade. En 1212, les armées de Castille, d’Aragon et de Navarre la mettent définitivement en déroute à la bataille de Las Navas de Tolosa.


La Reconquête

Sous le règne de Ferdinand III, roi de Castille, les chrétiens s’emparent de Cordoue en 1236, puis de Séville et de toute l’Andalousie occidentale en 1248. Puis, le mouvement s’essouffle : l’Aragon et la Catalogne se tournent vers le commerce méditerranéen, tandis que la Castille s’épuise dans des luttes dynastiques.

Le royaume nasride

En 1238, Mohammed ben Nazar parvient à unifier les territoires de Grenade, de Málaga et d’Almería pour fonder une nouvelle dynastie. Il fait de Grenade sa capitale et construit l’extraordinaire palais de l’Alhambra. Profitant de l’exode des populations musulmanes chassées par les chrétiens, son royaume très peuplé et hautement productif durera jusqu’en 1492 : al-Andalous connaît un nouvel âge doré, quoique sur un territoire plus réduit.

Les Rois Catholiques

En 1469, le mariage secret d’ Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon scelle l’union future des couronnes de Castille et d’Aragon : en 1474, Isabelle hérite du trône de Castille ; en 1479, Ferdinand monte sur celui d’Aragon. Ce couple puissant et pieux, auquel le pape Alexandre VI confère le titre de Rois Catholiques, lance la phase finale de la Reconquête en 1482. Les villes musulmanes tombent les unes après les autres : Ronda (1485), Málaga (1487), Baza (1489), Almería et Guadix (1489). En 1492, Boabdil leur remet les clés de Grenade, mettant ainsi fin à plus de sept siècles d’occupation arabe.

Les monarques s’engagent à respecter la religion de ceux qui veulent rester dans le pays. Mais la guerre a été largement financée par l’église et le tribunal de l’ Inquisition , dirigé par Torquemada, exige une ligne plus dure. En cette même année 1492, les juifs sont chassés d’Espagne. Les musulmans sont contraints de fuir ou de se convertir, ce qui ne les empêche pas de se faire persécuter et confisquer leurs biens. Les synagogues et les mosquées sont remplacées par des églises.

Parallèlement, en cette même année 1492 si exceptionnelle, Christophe Colomb découvre l’Amérique. En 1519, Cortès débarque au Mexique. En 1532, Pizarro entre au Pérou. Les conquêtes se multiplient : prise de Naples, des Canaries et de plusieurs villes africaines. Des flots d’or et d’argent commencent à se déverser depuis le Nouveau monde. L’Espagne devient une grande puissance coloniale.


Les Habsbourg et le « Siècle d’or »

Charles Quint : l’apogée

Après les morts d’Isabelle et de Ferdinand, le petit-fils de ce dernier monte sur le trône : il s’agit du jeune Habsbourg Charles I er , qui débarque en 1517 sans parler castillan.

Deux ans plus tard, il hérite de son père le Saint-Empire romain germanique : devenu Charles Quint , il règne désormais sur un empire immense, comprenant l’Espagne, les Amériques et une large part de l’Europe du Nord (approximativement l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique et les Pays-Bas). L’expansion se poursuit grâce à son mariage avec Isabelle du Portugal. C’est le début du « Siècle d’or », qui marque l’apogée de la puissance espagnole et couvre tout le 16 e s.

Mais l’immensité de l’Empire le rend difficile à gouverner, ses expéditions militaires l’épuisent, les taxes s’alourdissent et les révoltes locales se multiplient : la révolution des Comunidades de Castille éclate en 1520, des insurrections ont lieu à Valence et à Majorque, durement réprimées par les troupes germaniques de Charles Quint. Fatigué, celui-ci abdique en 1556 et se retire au monastère de Yuste.

Philippe II, son fils, hérite de l’Espagne, des colonies, du royaume de Naples, du Milanais, des Pays-Bas et de la Franche-Comté, mais pas de l’Empire germanique, qui revient à son frère, Ferdinand I er .

Philippe II : le déclin

Philippe II, très religieux, fait de Madrid sa capitale en 1561. Il renforce le pouvoir de l’Inquisition et intensifie les expéditions militaires : après la victoire de Lépante contre les Turcs, en 1571, qui fait de lui le maître de la Méditerranée, il fait valoir ses droits sur le Portugal, qu’il envahit en 1580. En 1588, il attaque l’Angleterre protestante, mais l’expédition se solde par la destruction de l’« Invincible Armada », et l’Espagne perd sa puissance maritime.

Ses successeurs Philippe III, Philippe IV et Charles II ne pourront enrayer le déclin de l’Empire, malgré une étonnante floraison des arts. L’expulsion des 275 000 morisques (musulmans) en 1609, motivée par l’intolérance religieuse, est une catastrophe pour l’agriculture. Dans le Nouveau Monde, les populations indigènes sont décimées par les maladies et les persécutions. Le Portugal se libère, imité en 1648 par les Pays-Bas au terme de l’épuisante guerre de Trente Ans.

L’Espagne est exsangue.


L’Espagne des Bourbons

La guerre de Succession

Le règne espagnol des Habsbourg s’achève avec Charles II, qui meurt sans descendance. Le petit-fils de sa sœur Marie-Thérèse et de Louis XIV, le Français Philippe, duc d’Anjou, monte sur le trône en 1700 sous le nom de Philippe V. Mais l’Angleterre, la Hollande, le Danemark et les princes allemands se liguent contre lui pour défendre les droits de l’archiduc d’Autriche. Le pays plonge en 1702 dans une longue guerre de succession, qui ne s’achève qu’en 1714 avec le traité d’Utrecht : les alliés reconnaissent Philippe V, mais l’Espagne perd en échange Gibraltar, Minorque et de nombreuses possessions italiennes.

Durant la guerre de Succession, la Catalogne, le royaume de Valence et l’Aragon prennent le parti le l’archiduc Charles d’Autriche. Barcelone est assiégée par les troupes françaises et ne se rendra que le 11 septembre 1714, après une héroïque résistance (le 11 septembre est devenu la fête nationale de la Catalogne). Les décrets de Nueva Planta , institués par le roi Philippe V, soumettent les anciens royaumes indépendants au pouvoir central, suppriment le droit catalan et interdisent le catalan comme langue officielle. Dans le royaume de Valence, ces décrets provoquent de nombreux soulèvements et des révoltes sociales que le roi devra étouffer de façon parfois très violente, comme à Játiva.

Le règne des Bourbons

Philippe V et, surtout, son brillant successeur Charles III accentuent le centralisme de l’état et multiplient les constructions fastueuses, telles que le Prado et le Palacio Real. Charles III entreprend des réformes économiques judicieuses, qui stimulent l’agriculture et le commerce. Le pays va mieux, malgré une disette qui se solde par l’expulsion des jésuites, en 1766, parfaits boucs émissaires.

Charles IV monte sur le trône en 1788. Il laisse son épouse Marie-Louise gouverner en compagnie de son favori, Manuel Godoy qu’elle a nommé Premier ministre à l’âge de 25 ans. Ceux-ci entraînent l’Espagne dans une guerre contre la France révolutionnaire, avant de signer une alliance avec le Directoire français (traité de San Ildefonso, 1796) qui se solde par un nouveau conflit contre l’Angleterre et le désastre de Trafalgar, en 1805.

L’invasion française et la guerre d’indépendance

En 1808, le faible Charles IV se fait chasser par Napoléon, qui envahit l’Espagne et place son frère Joseph sur le trône. Madrid se soulève le 2 mai 1808 : c’est le début de la guerre d’Indépendance.

Les insurgés, inspirés par la Révolution française, réunissent les cortes et rédigent la Constitution de Cadix, qui promulgue un régime démocratique. Soutenus par les Anglais, ils chassent Napoléon en 1814 et Ferdinand VII monte sur le trône. Mais le roi refuse de prêter allégeance à la nouvelle constitution et inaugure un régime absolutiste.

Les colonies américaines commencent à proclamer leur indépendance : l’Argentine en 1816, le Chili en 1818, la Colombie en 1819.

Les guerres carlistes et la restauration

Lorsque Ferdinand VII meurt en 1833, un conflit éclate entre les partisans de son frère Charles, favorables à l’absolutisme, et les défenseurs de sa nièce Isabelle, qui aspirent à un régime libéral : c’est la première guerre carliste, qui s’achève en 1843 par la victoire des libéraux.

Mais les crises se succèdent : une seconde guerre carliste (1847-1849) éclate au nord, tandis que les républicains se soulèvent au sud. La reine Isabelle est chassée par la révolution de 1868 et la république est proclamée. Elle ne durera pas : Alphonse XII, fils d’Isabelle, monte sur le trône en 1874 grâce à un coup d’état militaire. C’est la Restauration, qui inaugure une période de relative stabilité politique.


La chute de la monarchie

Mouvements sociaux

Entre la fin du 19 e et le début du 20 e s., l’Espagne connaît de profondes transformations. Le pays perd ses dernières colonies (Cuba et les Philippines) en 1898, tandis que 1,5 million d’Espagnols émigrent en Amérique latine entre 1886 et 1913. L’industrialisation commence à se développer en Catalogne, au Pays basque et dans les Asturies, où les ouvriers s’organisent en syndicats. La moitié de la population est analphabète et vit dans la misère, et les écarts de richesse entre régions nourrissent les régionalismes. Partout, les clivages politiques se durcissent : des mouvements anarchistes et socialistes se développent en Catalogne, en Andalousie et en Castille, et le Parti socialiste gagne son premier siège au Parlement en 1910.

Alors que l’Espagne reste neutre pendant la Première Guerre mondiale, une grève générale éclate en 1917. Les troubles sociaux se multiplient. En 1923, le général Miguel Primo de Rivera, soutenu par le roi, réalise un coup d’état. La dictature militaire stabilise le pays, mais la crise de 1929 contraint le général à démissionner, bientôt imité par le roi.

La Deuxième République

La proclamation de la Deuxième République, en 1931, provoque une véritable liesse populaire. Le gouvernement de gauche entame une réforme agraire qui redistribue les terres au détriment de l’aristocratie latifundiaire, instaure le mariage civil et s’attaque au pouvoir de l’église. Les forces conservatrices, portées par le clergé, l’armée et les propriétaires terriens, unissent leurs pouvoirs autour de la Phalange, mouvement fondé en 1933 par José Antonio Primo de Rivera, fils du dictateur.

La Catalogne proclame son autonomie et les mineurs des Asturies se soulèvent, mais la répression orchestrée par l’armée est très dure.

En 1936, le Front populaire, alliance des partis de gauche, triomphe aux élections. L’armée réagit aussitôt : la guerre civile éclate.

La guerre civile

Les troupes dites « nationalistes » du général Franco, basées au Maroc, entrent en Espagne avec l’aide logistique des Allemands. Madrid, la Catalogne et Valence restent fidèles aux républicains du Front populaire, mais les nationalistes prennent rapidement le contrôle des régions agricoles conservatrices : Andalousie, Castille et Galice. Dix fois moins nombreux, les républicains bénéficient du soutien des Brigades internationales, mais souffrent en leur sein de dissensions entre anarchistes et communistes.

Les villes industrielles du Nord tombent en 1937 (bombardements de Guernica par l’aviation allemande). Le gouvernement républicain se réfugie à Barcelone. L’année suivante, les nationalistes atteignent la Méditerranée et séparent l’armée républicaine en deux. Franco défait l’armée de l’est à la bataille de l’èbre, avant de prendre la Catalogne en février 1939. La guerre s’achève avec la prise de Madrid, le 1 er avril.

Le franquisme

Le général Franco liquide l’opposition à coup de camps de travail et d’exécutions sommaires, et instaure un ordre fasciste et clérical ; le divorce et le mariage civil sont interdits, les manuels scolaires réécrits, tandis que les artistes et les intellectuels fuient en masse. à la fin de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle l’Espagne reste neutre, le Caudillo demeure le seul dirigeant fasciste d’Europe. L’Espagne s’isole sur le plan diplomatique.

L’ouverture vient avec la Guerre froide : en 1953, le général Eisenhower propose à Franco d’héberger des bases militaires américaines en échange d’une importante aide financière. L’Espagne entre aux Nations unies en 1955. Les infrastructures, l’économie et le tourisme balnéaire de masse se développent. Mais les campagnes restent sous-développées et le centralisme de Franco provoque une résurgence des mouvements indépendantistes, notamment en Catalogne et au Pays basque (création de l’ETA en 1959).


L’Espagne contemporaine

Juan Carlos et l’avènement de la démocratie

Après une quarantaine d’années au pouvoir, marquées par l’intransigeance et le conservatisme, Franco meurt le 20 novembre 1975.

Il s’est choisi un successeur : un petit-fils d’Alphonse XIII, sacré roi sous le nom de Juan Carlos I er . Mais le jeune souverain surprend les franquistes en restaurant la démocratie. La censure est abolie, les partis politiques et les syndicats retrouvent une existence légale. Le démocrate chrétien Adolfo Suárez est élu président du gouvernement en 1977 et une nouvelle constitution est approuvée par référendum en 1978. Les statuts d’autonomie de la Catalogne, du Pays basque et de la Galice sont reconnus.

Les deux années suivantes marquent un tournant décisif : alors qu’un coup d’état avorte en 1981 grâce à l’intervention du jeune roi, le socialiste Felipe González est élu président du gouvernement en 1982. Il y restera 14 ans, jusqu’à la victoire de la droite avec l’élection de José María Aznar en 1996.

La modernisation

Le pays entame une mue spectaculaire, caractérisée par une modernisation sur tous les plans : économique, social, urbanistique, artistique, etc. En 1986, le pays entre dans la Communauté européenne. En 1992, Barcelone accueille les Jeux olympiques, Séville organise une Exposition universelle et Madrid est proclamée « capitale culturelle de l’Europe ».

José María Aznar est élu en 1996, marquant le retour de la droite : c’est le début d’une alternance démocratique normalisée, qui voit le retour des socialistes en 2004, avec l’élection de José Luís Zapatero .

L’euro est adopté en 2002 et, en 2005, le « oui » l’emporte au référendum sur la Constitution européenne : après des siècles de conflits et de conservatisme, l’Espagne est devenue un pays dynamique, tolérant et ouvert sur le monde.

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