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La musique hongroise
La musique hongroise
« … chacune de nos mélodies populaires est un véritable modèle de perfection artistique. Je les considère comme des chefs-d’œuvre en miniature au même titre que le sont, dans le domaine des formes plus importantes, une fugue de Bach ou une sonate de Mozart. »
Béla Bartók
Des origines au 15e siècle
Les premières manifestations de la musique hongroise d’une gamme pentatonique, c’est-à-dire à cinq sons, figurent dans les sources antiques. Au 7e s., un historien grec, Théophylactus Simoccata, informe ses contemporains de l’existence d’une coutume ancestrale hongroise, le culte à la terre sous forme de chants.
Le scribe Anonymus du roi Béla II (1131-1141) relate avec enthousiasme les fêtes organisées en l’honneur des chefs des sept tribus magyares arrivés à Óbuda. Lors de ces fêtes, les chants étaient accompagnés par des instruments anciens tels que cithares et chalumeaux (instrument à vent ancêtre de la clarinette).
Avec le christianisme, les traditions littéraires et musicales de l’époque païenne trouvent définitivement leur fin. Cet esprit d’un peuple d’origine nomade – à la fois guerrier avec un tempérament impétueux et vagabond imprégné de la mélancolie des steppes – se perpétue dans la musique hongroise : un lamento lent, suivi d’un allegro gioioso. Les premiers chants chrétiens sont constitués de ceux des liturgies latines, remplacés plus tard par des cantiques hongrois.
Après l’extinction de la dynastie des Árpádiens, les rois issus de la maison d’Anjou offrent une nouvelle dimension à la musique profane hongroise. Le développement de l’art des chanteurs de geste appelés regös prend ensuite un essor pendant et après le règne de Sigismond de Luxembourg (1387-1437).
Le roi Mathias Corvin, fils de János Hunyadi, vainqueur des Turcs, ainsi que sa femme Béatrice d’Aragon, fille du roi de Naples, invitent au 15e s. à leur cour « Buda regia » des musiciens de renommée internationale.
16e et 17e siècles
Au 16e s. revivent les anciennes légendes hongroises de l’époque arpadienne sous forme de chansons épiques. Après l’occupation turque de Buda (1541), dans les chansons héroïques du remarquable luthiste Sebestyén Tinódi Lantos (lantos signifie luthiste), défilent tous les héros d’autrefois qui ont lutté contre l’ancien ennemi ottoman. Son œuvre principale, la Cronica (parue en 1554), rassemble 23 chansons historiques, bibliques, morales et satiriques. Certes, Tinódi associe de façon originale la poésie à la musique instrumentale, mais le luthiste-compositeur le plus brillant du siècle demeure sans doute Bálint Bakfark (1507-1576).
Véritable « homme du monde », Bálint (Valentin) Bakfark effectue plusieurs voyages dans de nombreux pays, dont la Pologne, l’Italie, l’Allemagne et la France où, en 1552, paraît sa première tablature chez l’éditeur Jacques Moderne de Lyon. Même Nostradamus en fait l’éloge dans ses œuvres. Le secret de la popularité de cet artiste est à chercher d’une part dans son style individuel : une rythmique intense et une sensualité exceptionnelle de sa sonorité, d’autre part dans une technique brillante.
Le prince Pál Esterházy (1635-1713) fut également un grand musicien qui puisa son inspiration dans la musique religieuse en y apportant des tournures mélodiques hongroises. Son œuvre Harmonia contient 9 chœurs, 50 concertos et cantates, la majorité accompagnée par des instruments ou un orchestre.
18e siècle
L’âme du peuple hongrois s’exprime à travers les chansons kuruc pendant la guerre d’indépendance conduite par Ferenc Rákóczi II (1705-1711). Les kuruc étaient les soldats de Rákóczi qui interprétaient des chants patriotiques et des chansons satiriques sur les labanc, surnom donné aux Hongrois fidèles à la cour des Habsbourg.
Grâce à la source des chansons kuruc, la célèbre Marche de Rákóczi émerveillera son public au cours du 19e s. avec la technique fascinante du premier violon tzigane János Bihari. Selon une anecdote, avant une bataille contre l’armée de Napoléon en 1809, les soldats hongrois utilisèrent cette mélodie pour s’armer de courage.
La traduction hongroise de La Marseillaise est due à Ferenc Verseghy (1755-1822), musicien et propagateur des idées jacobines en Hongrie.
Après 1750, la vie musicale hongroise est dominée par un nouveau style héroïque dont la meilleure réussite devient incontestablement le verbunkos, « danse de recrutement », accompagné par la musique tzigane (Werbung mot allemand signifiant recrutement). Dans la danse palotás – une imitation de la polonaise – s’entrecroisent le motif lent hongrois et la danse sautée. Le grand connaisseur de ces deux types de danse s’appelle János Lavotta. Les traditions du verbunkos et du palotás perdurent ensuite dans le csárdás (csárda signifie auberge, csárdás de l’auberge). Le style du csárdás s’est maintenu jusqu’à nos jours.
L’opéra
Dès le début très apprécié par le public, l’opéra trouve vite son caractère spécifiquement hongrois. Le premier opéra hongrois, Le Prince Pikko et Jutka Perzsi vient de la plume de József Chudy (1793). Seul le livret est connu car la musique a entièrement disparu. Le sujet de l’opéra Béla futása, considéré comme la première œuvre mélodique spécifiquement hongroise, remonte au 13e s., à l’époque de l’invasion des Tartares. Son compositeur, József Ruzitska, adapte les éléments du verbunkos et du palotás au style des opéras viennois, autrefois très à la mode.
19e siècle
Ce siècle est marqué par la musique nationale, avec à sa tête Ferenc Erkel (1810-1893). Compositeur et chef d’orchestre, il fonda l’Opéra national où il produisit sa première œuvre historique Mária Báthory (1840). En 1844, dans László Hunyadi, Erkel évoque l’histoire tragique du frère du roi Mathias. Un des principaux rôles était interprété par la chanteuse française Anne Lagrange. L’apogée de l’activité artistique d’Erkel se traduit en 1860, à l’occasion de la première de son opéra Bánk Bán, composé autour de la tragédie d’un auteur dramatique contemporain, József Katona. Le nom d’Erkel reste indissociable de l’hymne national, il en a écrit la musique.
Le monde musical hongrois du 19e s. se divise en deux groupes. Ferenc Erkel crée un groupe conservateur dont les membres restent fidèles aux traditions de la musique italienne, tandis qu’à la tête des modernistes on trouve Ferenc (Franz) Liszt.
Franz Liszt (1811-1886) est le grand nom de la musique romantique. Compositeur et pianiste prodige, il composa entre autres des poèmes symphoniques comme les Préludes (1854), les célèbres Rhapsodies hongroises (1846-1885), ses Portraits historiques (1884-1886). C’est dans ces œuvres que ce génie de la partition rend hommage à son pays, qu’il ne regagnera qu’en 1844. L’Académie de musique de Budapest, fondée en 1875 par Liszt lui-même (elle porte aussi son nom), devient rapidement le symbole de l’éducation musicale en Europe.
20e siècle
L’Académie de musique servait d’école et de modèle à de nombreux artistes célèbres dans le monde entier. Citons parmi eux les chefs d’orchestre Ferenc Fricsay, Antal Doráti (1906-1988), Jenő Ormándy, George Széll, Frigyes Reiner, János Ferencsik ainsi que sir George Solti (1912-1997) ; les pianistes Ernő Dohnányi (1877-1960), Annie Fischer (1916) ; les violonistes József Szigeti, Ede Zathureczky ; et deux immenses personnages qui ont bouleversé la théorie musicale du 20e s. : Béla Bartók et Zoltán Kodály.
Comme Zoltán Kodály (1882-1963), Béla Bartók (1881-1945) aussi confronte la chanson populaire avec la chanson paysanne qu’il considère comme le seul élément conservant fidèlement les sources de la musique hongroise.
Pour découvrir et recueillir ces sources, ils parcourent ensemble de nombreux villages en Hongrie et en Transylvanie, et ils enregistrent environ 15 000 chants populaires. Leur chemin se sépare par la suite, quand Bartók choisit la musicologie afin d’analyser les échantillons de cette collection, tandis que Kodály met en valeur son talent de compositeur, inspiré aussi de la tradition populaire. En 1923, ce dernier compose le célèbre Psalmus Hungaricus, un chef-d’œuvre pour chœur et orchestre, suivi en 1926 par son opéra comique János Háry. Entre 1930 et 1933 naissent ses deux œuvres orchestrales, dominées par les motifs de la musique folklorique : les Danses de Marosszék et les Danses de Galánta.
Une forte attirance pour le symbolisme français ainsi qu’un désir de mettre en valeur les traditions de la musique populaire hongroise s’entrecroisent dans le premier opéra de Bartók, Le Château de Barbe-Bleue (1911). Kodály qui, lui aussi, commence sa carrière sur les traces de Claude Debussy avec Sonate pour violoncelle et piano en 1912 ou Sonate pour violoncelle en 1915, compare l’immense succès de cet opéra à celui de Pelléas en France. Selon lui, Bartók a créé « une œuvre d’une puissance suggestive, irrésistible de la première mesure jusqu’à la dernière, la plus expressive qu’il n’ait jamais écrite ». Les sept portes du château symbolisent le monde intérieur de l’homme. En franchissant ces barrières par curiosité, même l’amour le plus profond cesse d’exister. En 1916, à la demande du comte Bánffy, intendant de l’opéra de Budapest, Bartók compose la musique du ballet Le Prince de bois. Son ballet expressionniste Le Mandarin merveilleux voit le jour en 1919. En 1930, sous-titré Les Cerfs ensorcelés, apparaît son seul ouvrage choral, la Cantata Profana. Il construit la musique autour d’une ancienne ballade d’origine magyare.
Bartók crée une musique moderne et originale en tissant un lien entre les traditions européennes et hongroises. Jusqu’à sa mort en exil, à New York, il se consacre aux recherches des traits ancestraux ainsi qu’aux problèmes communs aux peuples du monde entier. Son humanisme est présent dans chacune de ses œuvres.
De nombreux compositeurs contemporains considèrent Bartók et Kodály comme leurs maîtres spirituels. Parmi eux, citons Ferenc Farkas (1905-2000) et Endre Szervánszky (1911-1977) qui ont créé une école de ce nouveau style musical, ou György Ligeti (1923), György Kurtágh (1926), Rudolf Maros (1917-1982) et András Szöllősy (1921), compositeurs avec leurs tons individuels, ou les pianistes talentueux György Cziffra (1921-1994), Zoltán Kocsis$ (1952), Dezső Ránki (1951) et András Schiff (1953). Les compositeurs d’opéra hongrois les plus fertiles d’esprit sont Emil Petrovics (1930), Sándor Szokolay (1931), Sándor Balassa (1935), Attila Bozay (1939) et Zsolt Durkó (1934).
L’opérette
Ce genre très apprécié conquit vite le public. Le premier grand nom de l’opérette hongroise fut Jenő Huszka (1879-1960). Il composa Le Prince Bob, Gül Baba, La Baronne Lili. Un autre nom qui suscite l’intérêt est celui de Pongrác Kacsóh (1873-1924), compositeur de Jean le Preux, La Belle au bois dormant.
L’opérette hongroise est mondialement reconnue avec Imre Kálmán (1882-1953) qui remporte en 1908 son premier succès avec l’Invasion des Mongols, suivi plus tard par la Comtesse Marica, la Reine de Csárdás. La Veuve joyeuse de l’incontournable Franz (Ferenc) Lehár$ (1870-1948) est une valeur immortelle dans l’histoire de l’opérette. Ses autres chefs-d’œuvre sont entre autres Amours tziganes, Le Pays du sourire. En tant que compositeur contemporain, le nom de Szabolcs Fényes (1912) est le plus connu. Son œuvre la plus réussie est intitulée Lulu.

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