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Art et architecture

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Art et architecture

Malgré les vicissitudes de son histoire, le Maroc est, de tous les pays du Maghreb, celui qui a conservé le patrimoine artistique le plus riche, du moins en ce qui concerne la période islamique. Enrichi par l’apport culturel de l’Andalousie musulmane, bien plus que par celui de l’Orient, le Maroc a été pendant près de six siècles (11e-17e s.) le foyer principal de l’architecture hispano-mauresque, l’un des grands mouvements de l’art islamique. Les Marocains ont également excellé dans tous les arts que l’on qualifie, bien à tort, de « mineurs », comme la céramique, le travail du bois, les arts du livre, les textiles, les bijoux, la fabrication des armes, etc. Aujourd’hui encore, l’artisanat d’art est exceptionnellement vivace et constitue pour les visiteurs l’un des attraits majeurs de ce pays.

Malheureusement pour son patrimoine architectural, le Maroc a pâti d’un phénomène fréquent dans les pays islamiques à toutes les époques : des haines politiques violentes ont motivé la destruction ou, dans le meilleur des cas, l’occultation de nombreux palais et mosquées ; c’est ainsi qu’avaient été détruits, murés ou laissés dans un état d’abandon complet la mosquée de Tinmel, le palais el-Badi à Marrakech, les tombeaux saâdiens ou le palais du Glaoui à Telouèt, pour ne citer que quelques exemples célèbres. A contrario , Lyautey s’est attaché à préserver ce capital culturel par une politique intelligente dont les effets se font encore sentir : création, dès 1912, d’un service des Monuments historiques, restauration d’édifices anciens, interdiction de construire à l’intérieur des médinas, séparation bien marquée entre la ville moderne et le centre historique.


Le Maroc des origines

Si la présence des lointains ancêtres de l’homme est attestée au Maroc depuis plus de deux millions d’années, les premières traces artistiques découvertes ne remontent pas au-delà du 4e millénaire. L’ Homo sapiens du paléolithique supérieur a produit un outillage varié et même quelques parures, mais point d’œuvres d’art à proprement parler, comme les peintures de Lascaux.

L’apparition tardivede l’art préhistorique

Il faut attendre le néolithique et même l’âge du bronze pour voir apparaître les premières représentations figurées. Ce sont essentiellement des gravures rupestres incisées dans des blocs de grès et polies. Elles représentent toutes sortes d’animaux, mais aussi des armes en bronze, des figures géométriques et, plus rarement, des êtres humains. Plusieurs dizaines de ces gravures ont été rassemblées au Musée archéologique de Rabat, mais la plupart sont restées in situ (et donc difficiles d’accès) dans les montagnes du Haut Atlas et du Sud marocain.

De cette période datent également des céramiques à décor incisé, des bijoux en ivoire et une série de vases, d’une perfection stupéfiante, taillés dans des galets de dolérite, une roche volcanique très dure.

L’époque punique et le royaume de Maurétanie

Au cours des quelque cinq siècles pendant lesquels ils ont colonisé le littoral marocain, les Phéniciens et les Carthaginois ont apporté avec eux la civilisation méditerranéenne et ont laissé plusieurs sites archéologiques importants, tels Lixus ou Banasa , mais finalement peu d’œuvres d’art. Signalons toutefois de belles céramiques , importations grecques ou puniques mais aussi fabrications locales, ainsi que des objets en bronze et des bijoux en or importés. Les magnifiques séries de statues en bronze découvertes dans les palais de Juba II à Volubilis et à Cherchell pourraient faire croire à l’existence d’une école de sculpture propre au royaume de ­Maurétanie, mais il n’en est rien : qu’elles soient hellénistiques ou parfois contemporaines du roi, ces œuvres ont toutes été produites hors du Maroc.

L’époque romaine

La domination romaine (de 40 à 285 ap. J.-C.) s’est traduite, comme partout dans l’empire, par l’édification de somptueux monuments publics : forums, basiliques, thermes, théâtres, arcs de triomphe, etc. Les plus beaux vestiges se dressent à Volubilis , Banasa et Sala Colonia, mais toutefois rien de comparable aux sites les plus prestigieux du Maghreb oriental. Imitant le mode de vie romain, l’opulente bourgeoisie locale a bâti de vastes maisons à atrium, luxueusement décorées de sols en mosaïque, de peintures murales et d’objets d’art variés.

Mis à part les statues en bronze, déjà évoquées et dont la plupart sont des importations, c’est sans doute dans le domaine de la mosaïque que l’art romain du Maroc a produit ses plus belles œuvres. Plus de 80 pavements ont été retrouvés, principalement à ­ Volubilis , Banasa et Lixus , mais aussi à Tingis, Sala Colonia, Thamusida et ailleurs : certains ont été laissés in situ , avec les graves problèmes de conservation que cela pose, tandis que les autres ont été déposés et transportés dans les musées de Volubilis, Rabat, Tanger et Tetouan. Les décors géométriques, noir et blanc ou polychromes, prédominent mais les scènes figuratives (emblema) existent et font montre d’une certaine habileté. À la différence des mosaïques tunisiennes, leurs sujets sont presque toujours mythologiques et non pas liés à la vie quotidienne. Parmi les plus intéressantes, signalons la Vénus à la coquille de Banasa, au tessellatum particulièrement fin, la Navigation de Vénus et l’ Orphée de Volubilis, Éros et Psyché de Lixus, ou encore le Triton provenant des thermes de Banasa, dont les grosses tesselles font 2 cm de côté.


Les grandes périodes de l’art islamique au Maroc

Avec l’arrivée des Arabes au 7e s., se répand, parallèlement à l’architecture berbère dans les campagnes, l’art islamique. Les deux ou trois premiers siècles de l’islam n’ont guère laissé de traces architecturales au Maghreb al-Aksa. Cela est dû aux destructions des siècles ultérieurs mais aussi au fait que l’islamisation, lente et difficile, touchait des populations essentiellement rurales et pauvres et que, pendant longtemps, il n’y a pas eu de gouvernement stable ni de dynastie durable. En conséquence, les premières mosquées furent probablement des édifices modestes et assez banals.

La période obscure des débuts de l’art islamique (8e-10e s.)

Il est significatif que les deux plus importantes mosquées de Fès, la Karaouiyne et la mosquée des Andalous , toutes deux fondées au milieu du 9e s., l’aient été par des immigrants venus de régions où la civilisation islamique était déjà très brillante. Mais comme il ne reste à peu près rien des constructions d’origine, ce sont finalement les quelques fouilles archéologiques menées à Sijilmassa (dans le Tafilalt), à Belyounech (près de Ceuta) ou ailleurs, qui ont livré les rares éléments architecturaux ou décoratifs authentiques de cette première période. Le Maroc possède également deux ­pièces extrêmement rares qui témoignent de la perfection atteinte dans le travail du bois dès cette époque : une poutre sculptée épigraphique (izar) datée de 877 et provenant de la Karaouiyne, et le minbar, daté de 980-985, de la mosquée des Andalous.

La brève floraison de l’art almoravide (1070-1147)

Nomades venus du désert, les Almoravides n’avaient évidemment aucune tradition architecturale. Ils adoptèrent donc fort naturellement celle de l’Andalousie, qu’ils venaient de conquérir, d’où le qualificatif d’« hispano-mauresque » donné à cet art, caractérisé par des arcs en plein cintre outrepassés (hérités des Wisigoths) ou polylobés et une certaine recherche de l’effet décoratif.

La haine des Almohades pour les Almoravides les a conduits à détruire leurs œuvres, jugées trop frivoles. En conséquence, au Maroc même, il ne reste quasiment rien des édifices almoravides : à Fès, certaines parties de la mosquée Karaouiyne, agrandie vers 1130, et à Marrakech, la koubba Ba’Adiyn , redécouverte dans les années 1950. Cependant, l’activité bâtisseuse des Almoravides ne s’est pas limitée aux mosquées ou aux palais ; à l’extérieur des villes, les ingénieurs (mouhendis) ont construit des forteresses, lancé des ponts, creusé des canalisations, celles qui alimentent Fès et surtout les fameuses rhettara de la palmeraie de Marrakech.

Grandeur almohade (1147-1269)

Dans leur rigorisme extrême, les partisans d’Ibn Toumert se contentaient sans doute d’une m’sallah pour y effectuer les cinq prières quotidiennes ; mais, ô paradoxe, la dynastie almohade (influencée par l’Andalousie, comme ses prédécesseurs détestés !) fut assez vite à l’origine de l’un des grands mouvements artistiques de l’histoire du Maroc. L’art almohade, qui s’est principalement exprimé dans l’architecture, se caractérise par la grandeur de la conception et la sobriété du décor, la noblesse des proportions et la pureté des lignes ; en un mot, le classicisme.

Au début, sous Abd el-Moumen, l’architecture almohade ne se distingue guère de celle des Almoravides : en effet, ce sont les mêmes artistes et artisans, venus d’Andalousie, qui travaillent pour la nouvelle dynastie. De cette période datent les fortifications et la Grande Mosquée de Taza , et surtout l’admirable mosquée funéraire de Tinmel (Haut Atlas). Le sultan suivant, Youssef, privilégia Séville, sa ville de prédilection, et Marrakech, sa capitale. C’est finalement le 3e sultan, Yacoub el-Mansour, qui, en lançant les gigantesques travaux de sa nouvelle capitale, Ribat al-Fath (Rabat), permit à l’architecture almohade d’atteindre sa plénitude. Les architectes almohades se sont particulièrement distingués dans les fortifications et les mosquées. Les murailles étaient réalisées à l’aide de la technique nouvelle du béton , mélange de chaux et d’argile caillouteuse coulé et damé à l’intérieur d’un coffrage (banches), tandis que les portes monumentales étaient bâties en pierre de taille soigneusement appareillée ; un habile système de chicanes renforçait leur efficacité défensive.

Quant aux mosquées , elles se caractérisent par leur vastes dimensions et leurs minarets imposants. Pas de grandes coupoles ni de voûtes mais des piliers ou des arcs puissants qui soutiennent de longs toits en bâtière au-dessus de chacune des nefs perpendiculaires au mur de qibla . Toutes ces nefs aboutissent à une nef transversale, parallèle au mur de qibla , qui, seule, bénéficie d’un décor soigné (comme à Tinmel), le mihrab étant souvent précédé d’une petite coupole. Le minaret almohade typique est une tour carrée en pierre de taille, un peu trapue, dont la hauteur est égale à cinq fois la base. Le décor est prévu pour être lu de loin ; sculpté en ­méplat, comme celui des portes, il consiste essentiellement en arcs polylobés et en arcatures entrelacées. Le minaret de la Koutoubia de Marrakech, la Giralda de Séville et la tour Hassan de Rabat sont les symboles de cette grandeur almohade.

Dans le domaine des arts dits « mineurs », on assiste à un épanouissement des arts du livre et de la calligraphie. La céramique utilise souvent le procédé de la « glaçure » et produit de magnifiques margelles de puits (notamment ­l’ensemble unique de Sidi bou-Othman, près de Marrakech) ainsi que des grandes jarres pour le stockage de l’eau (khabia) , au décor estampé, et divers vases à boire (shurba, djara) peints en brun-noir (oxyde de manganèse).

L’âge d’or des Mérinides (1278-1358)

Le règne des Mérinides, du moins jusqu’au milieu du 14e s., a été – avec l’époque almohade – la période la plus féconde de l’architecture marocaine : les constructions, certes de dimensions plus modestes, furent nombreuses et empreintes d’une grâce et d’un ­raffineme nt qui contrastaient avec l’austérité de la période précédente.

À ses débuts, l’architecture des Mérinides est encore dans le droit fil de celle des Almohades, comme en témoignent les murailles de Salé , reconstruites par Abou Youssef Yacoub dans le dernier tiers du 13e s. Mais peu après, sous l’influence de l’art délicat des Nasrides de Grenade, la rigueur almohade cède la place à l’élégance et la décoration prend une importance accrue, qui se manifeste même dans les ­ fortifications . La porte principale de l’enceinte de Chellah (à Rabat), construite en 1339, en constitue un bel exemple. Abou el-Hassan et Abou Inan , les deux principaux sultans mérinides, ont été de grands mécènes ; on leur doit en particulier la construction de nombreuses mosquées et medersas . Les medersas mérinides sont souvent d’échelle modeste, ce qui ne fait qu’ajouter à leur charme. Bou ­Inania , Attarine et Sahrij à Fès, Abou el-­Hassan à Salé et Bou Inania à Meknès sont parmi les plus connues.

Nécessaires au grand commerce, les caravansérails urbains ou fondouks faisaient à la fois office d’hôtelleries et d’entrepôts de marchandises. Ils devaient exister depuis longtemps, mais aucune trace avant l’époque mérinide n’a été trouvée. C’est à Fès que subsistent les plus belles réalisations.

Enfin, l’art funéraire se distingue tout particulièrement avec les tombeaux impériaux de Chellah à Rabat et ceux de Fès ; la stèle funéraire d’Abou Yacoub Youssef à Chellah (1307), finement ciselée au dos d’une plaque de marbre romaine de remploi, est un remarquable exemple du genre.

Tous les arts décoratifs connaissent un vif éclat sous les Mérinides. À cette époque, la plupart des constructions sont réalisées en brique cuite, mais cette dernière est rarement apparente car recouverte de céramique ou de plâtre sculpté. Si les carreaux de céramique avaient déjà été utilisés pour la décoration sommitale de certains minarets almohades, l’art des zelliges n’apparaît vraiment que sous les Mérinides, au début du 14e s. ; il prospérera jusqu’à nos jours, comme en témoignent, par exemple, les salles d’apparat du palais de Telouèt . Quant au stuc , il atteint une perfection rarement égalée dans l’art islamique. La menuiserie d’art utilise abondamment le bois de cèdre du Moyen Atlas pour la décoration des medersas , des fondouks et des palais : portes (bab) et panneaux ouvragés, encadrements de fenêtre (shrjem) , grilles (derbouz) et balustrades, corbeaux, frises et corniches ; dans les mosquées, ce sont les plafonds artesonado , les minbars et parfois les mihrabs. Une profusion d’entrelacs géométriques, de motifs végétaux ou de calligraphies de versets du Coran, habilement sculptés, couvre toutes les surfaces disponibles. Certaines pièces sont peintes.

Sous les Saâdiens et les Alaouites (16e s. au 20e s.)

Malgré la longue décadence des Mérinides et les soubresauts des 17e et 18es., l’art hispano-mauresque va perdurer jusqu’à aujourd’hui. Deux grands sultans, le Saâdien Ahmed el-Mansour au 16e s., à Marrakech, et l’Alaouite Moulay Ismaïl au 17e s., à Meknès, ont été des bâtisseurs forcenés dont les constructions ont énormément impressionné leurs contemporains ; mais leurs œuvres ont été victimes de la malveillance des successeurs !

Fort de ses immenses richesses, Ahmed el-Mansour se lança dans de magnifiques réalisations pour embellir Marrakech, sa capitale. Le palais d’ el-Badi (l’« Incomparable »), d’un luxe inouï, était inspiré des palais de Grenade. Malheureusement, un siècle plus tard, il servit de carrière à Moulay Ismaïl, qui en fit extraire les matériaux précieux pour les réutiliser dans ses propres édifications à Meknès. Il n’osa cependant pas détruire les Tombeaux saâdiens et se contenta de les faire murer ; redécouverts en 1917, ils sont considérés comme des chefs-d’œuvre de l’art hispano- mauresque.

À Meknès, Moulay Ismaïl voulut surpasser ses prédécesseurs dans le gigantisme, et il y parvint : des dizaines de milliers d’esclaves travaillèrent sans relâche à édifier un ensemble colossal de palais, de casernes, d’entrepôts et d’écuries, protégé par 25 km de murailles percées de majestueuses portes monumentales, dont Bab Mansour . Mais ces bâtiments servirent à leur tour de carrière aux successeurs du grand sultan. Cependant, leurs dimensions étaient telles que, même en ruine, ces vestiges restent aujourd’hui impressionnants. Aux 16e et 17e s., après la chute de Grenade, plusieurs vagues d’émigrés juifs ou musulmans, la dernière étant celle des morisques en 1610, vont attirer à Tetouan, Fès et Rabat des foules d’artisans expérimentés qui insuffleront une énergie nouvelle à l’art marocain, sans pour autant le renouveler complètement. Au 19e s., les princes et la grande bourgeoisie urbaine font édifier des palais comme ceux de la Bahia à Marrakech ou Dar Jamaï à Meknès, de proportions plus modestes mais non dénués de charme ; ils sont remplis des productions de l’artisanat d’art : bois peints, tapis, tentures, objets en cuivre, etc.

Enfin, citons le dernier avatar de l’art hispano-mauresque au 20e s. : la ­ mosquée Hassan II à Casablanca.


L’art berbère

Selon la formule imagée d’un orientaliste allemand des années 1930, Klaus von Grossgrabenstein, « les fruits éclatants de l’art hispano-mauresque ont fait injustement oublier le vieux tronc robuste et noueux de la tradition berbère qui a porté la greffe ». Les chefs-d’œuvre produits pendant huit siècles par la grande tradition andalouse – arabe, urbaine et savante – ne doivent donc pas éclipser totalement l’existence de l’autre tradition – berbère, rurale et populaire – dont s’est nourri l’art marocain. Cet art berbère plonge ses racines dans un passé beaucoup plus ­ancien, mais qui restera à jamais obscur et mystérieux, faute de documents écrits et de monuments datés. De plus, les siècles passant, les deux « tendances artistiques » se sont influencées et enrichies mutuellement, au point de devenir parfois presque indiscernables. La tradition berbère n’a pu se maintenir dans sa « pureté » que loin de l’influence des grandes cités arabo-andalouses du nord, c’est-à-dire dans le Sud et dans les montagnes.

C’est incontestablement dans le domaine de l’ architecture de terre que l’art berbère nous éblouit le plus. Il émane de ses constructions fortifiées, ksour , ­ kasbahs (tirhremt) et agadir (irherm) , puissantes sans être lourdes, fonctionnelles mais élégantes, une beauté épurée que vient souvent renforcer une ­décoration sobre et néanmoins raffinée, réalisée uniquement par l’agencement habile de briques de terre crue. La technique de construction est généralement celle du pisé ; elle consiste à malaxer de l’argile avec un peu de paille, puis à couler cette pâte à l’intérieur d’un coffrage mobile en bois et à la damer à l’aide d’un gros pilon. Dans les régions montagneuses, les pierres sèches remplacent le pisé, mais les formes restent presque les mêmes.

Les portes de greniers ou de maisons sont des éléments décoratifs et symboliques essentiels. Présentées dans plusieurs musées (Dar Si Saïd à Marrakech, collection Bert Flint au Musée municipal d’Agadir et dans la maison Tiskiwin à Marrakech, Dar Belghazi près de Rabat), elles sont, à juste titre, réputées pour leur décoration gravée, peinte ou réalisée en bois découpé et appliqué. Les plafonds en tataoui , peints de couleurs vives, sont les équivalents rustiques des plafonds artesonado de la tradition andalouse.

Les mosquées rurales anciennes, qui malheureusement sont systématiquement détruites pour être remplacées par de banales constructions en maçonnerie, présentent des piliers en thuya surmontés de magnifiques chapiteaux rustiques en bois sculpté et peint.


L’architecture coloniale

Déjà au 16e s. les Portugais avaient laissé leur marque dans l’architecture de leurs comptoirs d’Asilah, d’Azemmour, de Safi et de Mazagan (El-Jadida). Au début du 20e s., les Européens commencèrent à s’installer au Maroc, construisant de manière anarchique des bâtisses sans goût. Mais, dès sa nomination comme résident général en 1912, Lyautey se préoccupa d’urbanisme et s’adjoignit les services d’ Henri Prost et d’une pléiade de jeunes architectes (comme Albert Laprade ou Marius Boyer ) pour établir les plans directeurs de Casablanca et des villes nouvelles de Rabat, Fès, etc.

Le principe premier était de bâtir des quartiers neufs très à l’écart des villes anciennes, puis de créer une trame de larges avenues bordées d’arbres et de jardins dans laquelle on construirait ensuite les édifices publics et les habitations. Les constructions, sobres et fonctionnelles, devaient éviter une monumentalité par trop arrogante et elles intégraient discrètement des éléments décoratifs marocains en se gardant toutefois de tomber dans le style néomauresque.

Prost, architecte du luxueux hôtel de la Mamounia , élabora également un chantier de logements sociaux : le quartier des habous , dans la nouvelle médina de Casablanca, témoigne de sa volonté d’adapter les acquis modernes au mode de vie traditionnel.

À partir de 1925, le style Art déco se manifesta aussi au Maroc, surtout à Casablanca, où on peut encore en voir de beaux exemples. Ce style est enrichi d’éléments typiquement marocains comme les coupoles, les lanternons, des ornements en bois ou en zelliges.

Entre 1946 et 1953, Michel Écochard prit la responsabilité de l’urbanisme marocain. Familiarisé avec l’architecture islamique par une longue carrière en Syrie, il poursuivit dans la lignée de ses prédécesseurs à Rabat et Casablanca, mais aussi dans les villes nouvelles de Fès et de Meknès. En 1960, le tremblement de terre d’Agadir offrit aux architectes et aux urbanistes l’occasion de mettre en œuvre des théories plus contemporaines. Jean-François Zevaco s’est particulièrement illustré dans l’« architecture brutaliste » (d’après l’expression « béton brut de décoffrage »).

Les villes nouvelles de Fès et surtout de Meknès conservent quelques magnifiques édifices de l’époque française. Malheureusement, à l’heure où flambe le prix du m2, ce patrimoine n’est absolument pas valorisé, quand il n’est pas détruit pour faire place à des constructions modernes.

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