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Dans les bras d’Évora

Dans les bras d’Évora

Georges Rouzeau - 03-11-2010

Ville blanche perchée sur sa colline à l’abri de ses murailles, Évora a longtemps été la résidence préférée des souverains portugais. Outre une densité exceptionnelle d’églises et de monuments, la capitale de l’Alentejo a gardé toute sa douceur de vivre.

Un charme irrésistible.
Le charme de la capitale de l’Alentejo (130 km au sud-est de Lisbonne) est irrésistible. C’est par une porte du 18e s., ouverte dans des murailles médiévales qui l’enserrent toujours, que l’on pénètre solennellement. Tel est le premier contact heureux avec Évora, sorte de Tolède lusitanienne bâtie sur une colline. Jamais dissipé au cours de notre rapide séjour, ce philtre ensorcelant s’exerce aussi bien au niveau de l’ensemble que des détails. Sortie de l’histoire à la fin du 16e s., la ville révèle une admirable cohésion organique à l’image de son dédale de ruelles mauresques. Incroyable concentration d’églises et de palais, Évora se visite comme un musée de l’architecture et de l’art décoratif, de la Renaissance à l’âge baroque. Puis, zoomant sur les détails, l’œil s’émerveille sans cesse, de fenêtre géminée en moucharabieh, de façade écussonnée en arc outrepassé, de fontaine Renaissance en patio mauresque, de balcon en fer forgé en azulejos, de chaux blanche en marbre rose… Sans parler de toutes les fleurs qui parfument Évora d’un air de printemps perpétuel !
 
Évora, haut-lieu de la Renaissance.
Pourquoi Évora est-elle si élégante et raffinée ? Parce qu’elle est devenue, à la fin du 12e s., la capitale d’élection des souverains portugais ! À l’ombre de la cour, artistes et savants transforment Évora en un foyer exceptionnel d’Humanisme à la mode Renaissance. On y croise notamment les humanistes Garcia et André de Resende, le créateur du théâtre portugais Gil Vicente, le sculpteur Nicolas Chanterene. Les nobles bâtissent à tour de bras des palais manuélins ou Renaissance, les ordres religieux construisent des couvents, et l’on remet même l’art décoratif musulman au goût du jour à travers un style qualifié d’hispano-mauresque. Fondée en 1559, l’Université jésuite d’Évora porte également très loin le renom de la ville.
 
L’icône d’Évora.
Au sommet de la ville, juste à côté de la cathédrale se dresse le plus beau temple romain de la péninsule ibérique, construit au 2e s. après J.-C., et qui n’est pas sans évoquer la Maison carrée de Nîmes. Son état de conservation, notamment le podium en granit et les chapiteaux en marbre d’Estremoz s’expliquent. Il a été muré au Moyen-âge, et dégagé seulement à la fin du 19e s. !
 
Flânerie.
Une fois visités les principaux monuments répertoriés par votre guide préféré, adonnez-vous sans retenue à la flânerie. Seul cet art délicat qui marie temps perdu et rêverie vous permettra de goûter Évora en profondeur. Cette petite ville semble souvent plus grande qu’elle ne l’est, grâce aux perspectives qui se renouvellent à l’infini, à l’incroyable variété des monuments (du temple romain au clocher saintongeais de la cathédrale), au dédale des ruelles qui dérobent continuellement l’horizon… Dirigez vos pas derrière la cathédrale : un embrouillamini d’impasses et de traverses emmène à la découverte des demeures patriciennes des évêques et des nobles de la Renaissance. La flânerie diurne sera prolongée par une balade nocturne au clair de lune. Son rayonnement donne aux édifices une incandescence laiteuse échappée des Mille et une Nuits.
 
Azulejos.
L’art ducarreau de faïence, capable de rivaliser avec la fresque et la mosaïque, atteint des sommets à Évora. Grâce à son brillant, l’azulejo insuffle la gaieté dans d’innombrables façades et murs – ajoutant la couleur bleue à la palette pourtant bien achalandée de la ville blanche ourlée de jaune. L’azulejo triomphe par exemple à l’Université, au milieu d’une décoration de bois sculpté, de plafonds peints et de marbres. Dans les salles de cours, les azulejos illustrent la discipline qui y était enseignée. Attendez un changement de cours pour y passer discrètement la tête. Vous trouverez également des azulejos superbes sur les murs de l’église São Joã Evangelista (couvent dos Lóios).
 
En voiture.
Si la voiture (de location) n’est d’aucune utilité à Évora intra-muros, elle se révèle bien utile pour faire le tour complet des murailles (6 km). Celles-ci résument à elles seules l’histoire de la ville : les remparts romains sont posés sur des fondations celtiques, et aux murailles médiévales succédèrent des fortifications à la Vauban du 18e s. Ne remettez pas tout de suite la voiture au parking, mais suivez l’aqueduc qui démarre au nord-ouest de la ville, peu après la Portas de Lagoa. Édifié entre 1531 et 1542 sous le règne de Joáo III, il alimente toujours la ville en eau potable. 2 km plus loin, la colline de Sáo Bento, avec sa terrasse naturelle plantée de gros blocs granitiques, constitue le meilleur belvédère d’Évora.
 
Lugubre.
À la Capela dos Ossos (chapelle des os, église de São Francisco), le visiteur est accueilli par l’inscription suivante : « nous, ossements qui sommes ici, attendons les vôtres ». Les Franciscains ont toujours faits preuve d’un solide sens de l’humour ! L’un d’entre eux a décidé au 16s. de rassembler quelque 5 000 ossements venus des cimetières voisins à la seule fin d’inciter ses confrères à la méditation. Avec un sens infaillible de la décoration baroque, deux momies, dont l’une d’un enfant, ont également été suspendues à cette muraille 100 % calcium. C’est plutôt réussi. Le cocasse est à son comble quand les cris des enfants de l’école d’à côté rentrent à plein flot par les baies ouvertes.
 
Place.
La Praça do Giraldo estla place principale d’Évora, décorée par une superbe fontaine Renaissance en marbre d’Estremoz construite en 1571. Les retraités s’assoient tout autour, fidèles à cette sentence de Fernando Pessoa : « un homme peut, s’il est vraiment sage, jouir sur une chaise de tout le spectacle du monde ». La plupart des édifices qui bordent la place ne date que du 19s. mais les arcades qui les soutiennent remontent, pour certaines d’entres elles, jusqu’au 17e s. Au fond de la place s’élève la façade de l’église Santo Antáo. À gauche de celle-ci, voici le balcon d’où la terrible Inquisition prononçait ses sentences. Il y eu, dit-on, 20 000 condamnations en 200 ans. Tout à coup, le café n’en semble que meilleur sur l’une des terrasses qui se partagent la place. Du largo Giraldo partent plusieurs rues, notamment la rua 5 de Outubro, bordée de boutiques d’artisanat, ou encore, dans le prolongement des arcades, la rua Nova et ses boutiques de vêtements.
 
Fontaine.
Il y a d’innombrables fontaines à Évora, attirant l’attention sur un bien précieux, l’eau, dans l’une des régions les plus sèches d’Europe. La plus belle fontaine, peut-être, se trouve sur le largo da Porta Moura. Elle est formée d’une colonne de marbre blanc et sommée d’une sphère de marbre blanc. En bas de la place, admirez la belle loggia à baies géminées, dans le style luso-mauresque Casa Cordovil,  
 
À table !
Évora est une véritable ville à la campagne, capitale d’une région profondément rurale où l’on produit les meilleurs bouchons de liège du monde, où les Espagnols viennent faire glander leurs porcs pata negra, où le petit gibier comme la perdrix abonde, où l’huile d’olive de qualité coule à flot… Quand on passe à table, l’affaire est donc sérieuse comme on a pu le vérifier à plusieurs reprises, aussi bien dans une taverne comme 4a Feira, que dans une institution séculaire comme O Fialho, ou encore chez le jeune chef qui dirige Dom Joaquim. À Évora, on ne jure que par cette cuisine rustique, très loin de celle de Ferran Adrià. À peine assis, la table est recouverte de délicieux hors-d’œuvre, les petiscos (que l’on peut renvoyer à l’office, sinon tout ce qui est « touché » est facturé), qui peuvent parfois faire office de repas à part entière : fromage de vache ou de chèvre crémeux de l’Alentejo à tartiner au couteau ; salade de pois chiche à la morue, œufs durs, ail et coriandre ; miettes de lapin à l’huile d’olive et citron ; salade de fèves et chorizo ; poivrons marinés à l’huile d’olive ; tourte au poulet ; oreilles de cochons frites… S’il vous reste un peu de place, enchaînez avec un porc aux palourdes (la spécialité de l’Alentejo, voir notre vidéo), ou de l’agneau rôti au four, accompagné de la fameuse migas, manière de purée à la mie de pain uniquement, mélangée avec de l’huile d’olive, de l’ail et cuite à la poêle ou au four (voir notre article).
 
 
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
 
 
Comment y aller ?
Avec la TAP. 6 vols quotidiens au départ de Paris – Orly Ouest. 3 vols quotidiens au départ de Lyon. 2 vols quotidiens au départ de Marseille – Nice  et Toulouse.
En classe Économique : prix à partir de 167 € TTC ; en classe Affaires : prix à partir de 971 € TTC
Informations et réservations auprès des agences de voyages ou du Call Center de TAP PORTUGAL au 0820 319 320(0,12€/mn) ou sur le site www.flytap.fr
 
Où manger ?
 
Taberna tipica 4a Feira
Rua do Inverno, 16.
Tél. : (+351) 266 771323
Dans un décor très simple de taverne familiale (deux énormes jarres à vin accueillent les clients), le patron moustachu et poilant prend ses hôtes en main (sans un mot de français ou d’anglais) et leur sert sans discussion possible le menu du jour (25 € avec le vin au compteur), non sans avoir tiré une rafale de petiscos. Rustique et délicieux. Même si l’adresse est répertoriée dans tous les guides, les habitants d’Évora sont toujours au rendez-vous.
 
O Fialho
Travessa das Mascarenhas, 14.
Tél. : (+351) 266 70 30 79
Ouverte il y a plus de 30 ans, l’institution gastronomique d’Évora porte toujours haut le renom de la cuisine traditionnelle de l’Alentejo. Cette affaire de famille, un frère en salle, l’autre en cuisine, le troisième étant une grande plume de la gastronomie, régale sa clientèle bourgeoise de plats du terroir comme le porc aux palourdes dans deux salles décorées à la mode régionale. Des délicieux petiscos aux desserts, tout est fait maison de A à Z. De Tony Blair au roi d’Espagne, tous les grands du monde ont posé leur rond de serviette dans ce restaurant.
 
 
Dom Joaquim
Rua dos Penedos, 6
Tél. : (+351) 266 731 105
Après avoir fait ses armes dans les meilleures adresses de la ville, Joaquim Almeida, 38 ans, a ouvert il y a 4 ans cette grande salle qui ne désemplit pas. Fidèle à son terroir et à ses produits, il introduit quelques touches personnelles dans des classiques de la cuisine de l’Alentejo. On y a goûté un délicieux ragoût d’agneau alentejo et une soupe de caçao (roussette). Grande variété de soupes et de petiscos. Voir notre article.
 
Où dormir ?
 
Albergaria Vitória
Rua Diana de Liz, 5
Tel. :+351 266 707 174 – www.albergariavitoria.com
Cet hôtel des années 1980 à la déco tristounette (promise à rénovation cet hiver) est heureusement situé à 7 mn des remparts.
 

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    josila

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    • Situation : En couple

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    Nous avons séjourné à l'Hotel Vitoria. Il est classé 4 étoiles, mais en vaut à peine 3, si pas 2. La rénovation sera la bienvenue...

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    • Situation : Entre Amis

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    J'ai découvert cette ville tout à fait au hasard du passage. Nous y sommes restés trois jours. C'est une merveille comme on entrouve que quelques unes, bien rares. Très étonné que la ville ne soit pas plus connue. Quelle merveille de beauté, d'équilibre, d'harmonie. Je n'ose pas trop la dire; il vaudrait mieux qu'elle garde cette intimité, mais...

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