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Histoire

Le « pays des hommes libres », puisque tel est le sens du mot Thaïlande (en thaï : Muang Thai), n’a jamais été colonisé. Les terres siamoises ont cependant vu l’ascension et le déclin de plusieurs civilisations. Ébranlant la puissance des États môns et de l’Empire khmer, de puissants royaumes de langue et de culture spécifiquement thaïe vont émerger à partir du 13 e s., parfois alliés, souvent rivaux : Sukhotai dans la plaine centrale, Lan Na dans le Nord, et enfin Ayutthaya, qui rayonna sur un immense territoire. Ce n’est qu’au 19 e s. qu’est fondée Bangkok, et que la dynastie Chakri, toujours en place, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle, posera les bases de l’actuelle Thaïlande. Issu d’une histoire pour le moins riche et complexe, le pays essaie aujourd’hui de sortir d’une phase de crise politique, cherchant de nouveau sa voie.


Un peuplement ancien

L’archéologie de la Thaïlande en est encore à ses débuts, mais de nombreuses traces attestent une occupation humaine très ancienne. Une branche de l’ Homo sapiens habita en effet cette sphère géographique au cours du paléolithique inférieur (environ 40 000 ans avant notre ère). Il s’agissait probablement de populations australoïdes ou mélanésoïdes, celles-là mêmes qui peuplèrent ensuite l’Australie et la Mélanésie. Chasseurs-cueilleurs plus ou moins sédentaires, ces hommes utilisaient des outils de bois, de bambou et de pierre.

Les découvertes de la grotte des Esprits, au nord de Mae Hong Son, ont révélé l’existence d’une agriculture naissante, fondée sur l’igname et le taro – la riziculture étant plus tardive –, dès les 10 e -9 e millénaires avant notre ère. Quant aux fouilles menées dans le Nord-Est, elles permettent de dater la pratique de l’élevage à 3500 av. J.-C. Acquise vers 500 av. J.-C. dans cette même région, la maîtrise du fer résulte manifestement d’un développement local, preuve du dynamisme de ces sociétés.

Les empires Môn et khmer

L’histoire proprement dite commence avec les Môns et les Khmers : deux grandes civilisations qui poseront les bases d’une culture indianisée. Fruit de leurs multiples relations commerciales, intellectuelles, artisanales avec le monde indien depuis le 1 er s. de notre ère, les Môns et les Khmers ont, en effet, emprunté nombre de traits à l’Inde : son système monarchique, ses langues (le sanskrit et le pali), ses canons esthétiques et ses techniques architecturales. Mais, tandis que les Môns adoptent très tôt le bouddhisme du petit véhicule (theravada), les Khmers, d’abord convertis aux grandes religions hindouistes (le brahmanisme et le vishnouisme), se tourneront ensuite vers le bouddhisme du grand véhicule (mahayana).

Apparus vers le 7 e s. de notre ère, les États môns couvrent une grande partie du territoire de l’actuelle Thaïlande ainsi que de la basse Birmanie, englobant le royaume de Hariphunchai (région de Lamphun, au nord) et celui de Dvaravati (du nom de la capitale de Krishna dans le Mahabharata ). L’épicentre de la sphère mône semblant se situer entre Lopburi, Prachin Buri et Ratchaburi, avec Nakhon Pathom pour cité principale.

À partir des 9 e et 10 e s., les Khmers vont régner sur l’Est, rayonnant autour de leur capitale, Angkor Wat, la splendide ville-temple. Leur empire étendra ainsi son influence sur l’actuel Cambodge, mais aussi à toutes les basses terres au nord-est d’Angkor – la moitié sud du plateau de Khorat, la vallée de Vientiane (Laos), celle du Chao Phraya –, régnant bientôt sur les terres du royaume môn de Hariphunchai et jusque dans la péninsule malaise.

L’arrivée des Thaïs

Dès le 2 e s. ap. J.-C., des vagues de populations de langue thaïe, venues de Chine, s’étaient établies dans les montagnes du Nord. Mais la véritable immigration débute avec les Thaïs du Yunnan , du 11 e s. au 13 e s. Vivant avant tout de la riziculture, ces peuples importèrent une nouvelle technique d’irrigation : tandis que les Khmers suivaient le système indien selon lequel le contrôle de l’eau des moussons s’opérait à partir de grands réservoirs, les Thaïs optent pour le système chinois des digues et des canaux, destinés à réguler les crues des fleuves.

Leur organisation, féodale et aristocratique, rappelle également celle de la Chine ancienne : le fief, ou muang – qui, sous la monarchie siamoise, donnera le district ou la province, selon son importance –, est soumis à un seigneur, chef civil et religieux, lui-même vassal d’un suzerain. Des conseils de notables administrent les ban , les communautés villageoises. Quant aux rizières, elles appartiennent à la noblesse, qui en fait exploiter une partie à son profit par un système de corvées, en redistribuant le reste aux paysans. L’organisation administrative et militaire des Thaïs emprunte, elle aussi, au mode de stratification sociale mongole, qui distinguait fortement les guerriers (les nobles), les roturiers et les serfs. Sur le plan religieux, enfin, les Thaïs, à l’origine animistes, sont entrés en contact avec le bouddhisme bengali lors de leur séjour dans le Yunnan. Les deux traditions se mêleront à celles des Môns et des Khmers.


L’ère de Sukhothai (1220-1349)

Au 13 e s., dans les régions où la population thaïe est devenue prépondérante, une élite se saisit progressivement du pouvoir. Jusque-là, les noblesses thaïes reconnaissaient encore l’autorité des souverains khmers, qui leur attribuaient titres et prérogatives.

Les débuts de Sukhothai

En 1238, deux seigneurs siamois chassent de Sukhothai le « proconsul » imposé par l’Empire, et l’un d’eux s’y fait couronner en prenant le titre khmer – ultime hommage – de Si Intradit . Dès la fin du 13 e s., Sukhothai n’est plus cette place forte fondée par les Khmers. Surnommée l’« Aube du Bonheur », elle fait figure de cité autonome, dont la puissance se mesure à sa capacité de développer la région, coordonnant des travaux d’irrigation qui feront de la plaine alluviale un riche grenier à riz.L’influence grandissante de la cité sur l’ensemble du bassin du Chao Phraya permet ainsi l’émergence d’une véritable société thaïe, dotée d’institutions, d’une architecture et d’un art propres, dont les statues de Bouddha constituent l’expression la plus originale.

Mais c’est peut-être la promotion du bouddhisme theravada au rang de religion officielle qui va entériner l’ascendant des Siamois sur leur nouveau pays. La tradition a fixé cette mutation dans les contes de Phra Muang , un héros mythologique passant pour être le fondateur du premier grand royaume thaï, contes dans lesquels le bouddhisme theravada est étroitement lié à la volonté d’émancipation des Thaïs. Cette alliance indissociable de la religion et de la monarchie siamoise va rester l’un des fondements de l’histoire thaïe jusqu’à nos jours.

Les États du Nord

À la même époque, dans le Nord, deux États avaient pris l’ascendant sur la multitude des seigneuries thaïes rivales : la principauté de Phayao et surtout le royaume du Lan Na , ou « Million de Rizières », l’ancienne principauté de Chiang Saen, gouvernée par le souverain Mengraï (1239-1311 ou 1317). Celui-ci unifia les Thaïs du Nord (Lawas) et édifia un véritable État en soumettant notamment la cité de Chiang Rai, en 1262, puis l’État môn de Hariphunchai (Lamphun) en 1281 (ou 1292). En 1296, Mengraï établit sa capitale à Chiang Mai , la « Nouvelle Ville », près des berges de la Ping. Après sa disparition, de nombreuses luttes de pouvoir affaiblirent le Lan Na, mais Chiang Mai conservera longtemps un gouvernement autonome et une culture originale, et ce malgré le déplacement progressif de l’épicentre de la civilisation thaïe vers les villes méridionales.

Le règne de Rama Khamhaeng

Troisième roi de Sukhothai, Rama Khamhaeng, « Rama le Fort », monte sur le trône en 1279 et régnera jusqu’en 1318. Profitant d’une conjoncture favorable – l’alliance avec les princes thaïs du Nord, la pression mongole sur ses rivaux birmans du Nord-Ouest et l’affaiblissement d’Angkor –, Sukhothai connaît sous son règne une forte expansion territoriale, s’étendant de Luang Prabang, à l’est, jusqu’à la péninsule méridionale, en passant par la plaine centrale et la basse Birmanie.

Rama Khamhaeng noue aussi des relations diplomatiques avec la Chine : les annales chinoises relatent la venue du souverain en 1294, et pas moins de sept missions en provenance de Sien (Sukhothai) se succéderont de 1282 à 1323. Des artisans chinois affluent dans la capitale, où ils apportent leur savoir-faire de potiers, donnant bientôt naissance aux fameuses céramiques de Sangkhalok.

Mais l’espace politique créé par Rama Khamhaeng, fondé sur quelques liens familiaux et sur l’allégeance de nombreux seigneurs, se révèle fragile. Il ne survivra pas à son architecte.

Savants et pieux, ses deux successeurs Lo Thaï (1318-1347) et Li Thaï (1347-1368) négligent de veiller sur les grands vassaux, et Sukhothai devient une proie tentante pour le prince d’ U-Thong , à la politique expansionniste. Fondateur d’Ayutthaya, celui-ci va étendre son pouvoir sur toute la plaine du Chao Phraya, imposant à Li Thaï de reconnaître sa suzeraineté en 1349.


L’ère d’Ayutthaya (1350-1782)

u-Thong, Le fondateur

Chinois pour les uns, Môn-Khmer pour les autres, le prince d’U-Thong, fondateur d’Ayutthaya, semble avoir bénéficié de multiples alliances, avec la maison du Lan Na et surtout avec celles de Lopburi et de Stuphan Buri, les deux cités dominantes du bassin inférieur du Chao Phraya. Établi à Ayutthaya – d’Ayodhya, la capitale de Rama dans le Ramayana – vers 1350, U-Thong prend le titre de Ramadhibodhi I er , dit « Rama le Grand » (1350-1369), pour régner sur un immense territoire, s’étendant de Sukhothai au nord à la péninsule de Malacca au sud, et d’ouest en est de Tavoy (aujourd’hui Dawei, en Birmanie) à Chanthaburi.

L’expansion siamoise

Parallèlement aux luttes intestines sanglantes entre prétendants au trône, le royaume mène de nombreuses guerres d’expansion et de fréquentes expéditions contre des vassaux séditieux. Or, avec Ayutthaya pour capitale, l’épicentre du royaume se rapproche des marches de l’Empire khmer. Aussi les souverains siamois lancent-ils des attaques contre le Cambodge, qu’ils occuperont à plusieurs reprises. Le coup fatal à l’Empire khmer sera porté en 1431 par Borommaracha II (1424-1448), dont les troupes pénètrent dans Angkor après un siège de sept mois. Cédant le plateau de Khorat aux Siamois, le roi khmer abandonne son ancienne capitale pour Lovek et, plus tard, pour Phnom Penh.

Bien que cité vassale, Sukhothai demeure un foyer de contestation jusqu’en 1438, date à laquelle s’éteint la lignée de ses rois. Ayutthaya tourne alors ses appétits vers le royaume du Lan Na et les villes sous son influence, Lampang et Chiang Mai. Cette rivalité entre Siamois et Thaïs du Nord culminera sous le règne de Boromtrai Lokanat , ou Trailok (1448-1488), qui transférera sa capitale plus au nord, à Phitsanulok .

Le temps des réformes

Doté de tous les pouvoirs, Boromtrai Lokanat s’engage dans la réorganisation des structures administratives et sociales du Siam. Les affaires du royaume sont confiées à deux ministres, l’un chargé des affaires militaires, l’autre responsable des affaires civiles, secondés par de nombreux fonctionnaires, tant civils que militaires. Il nomme des gouverneurs à la tête des provinces et « nationalise » les milices privées en les incorporant dans les troupes royales. Par le code de 1454, il réforme également l’attribution des terres et de leurs revenus, et impose un système de corvées obligeant tout homme valide et libre (exception faite des bonzes) à travailler une partie de l’année pour l’État.

La menace birmane

L’année 1529 marque le retour des Birmans dans l’espace thaï. Leur pression croissante, à la fois au Sud contre le Siam, et au Nord en direction de Chiang Mai et du royaume de Lan Chang (au Laos), conduit à trois guerres successives, en 1538, 1548 et 1569, dont les conséquences furent la chute d’Ayutthaya et son occupation durant quinze ans. En 1584, cependant, Naresuan (1590-1605) libère la cité et parvient à repousser les Birmans, reprenant la basse Birmanie et les ports du golfe de Martaban. Sous son règne, Ayutthaya connaît une période de prospérité, dont témoignent les descriptions que firent les marchands espagnols et portugais, lors de leur visite de la métropole siamoise au 17 e s.

Ayutthaya, porte de l’Orient

En plus des luttes de succession entre clans d’ascendance royale (qui ne cessèrent qu’avec la dynastie des Chakri, au début du 19 e s.), les guerres extérieures devenaient quasi permanentes, ne s’interrompant chaque année qu’avec la mousson.

Les nécessités financières engendrées par ces conflits rendirent indispensable l’ouverture du royaume aux marchands étrangers. Aussi, tout au long du 17 e s., le nombre d’étrangers présents au Siam ne fit que s’accroître. Succédant aux Portugais, établis depuis le 16 e s. dans la péninsule malaise et aux Philippines, les Hollandais, les Anglais, les Français, mais aussi les Perses, les Indiens et les Japonais firent leur apparition dans les ports et sur les côtes du Siam, puis dans sa capitale. Les Européens agissaient pour le compte de leurs Compagnies des Indes orientales respectives , excellents instruments de leur politique étrangère.

L’importance du Siam tenait à sa position géographique au seuil de la Chine, dont les liaisons directes étaient coupées lors des moussons saisonnières. Aussi les ports d’Ayutthaya servirent-ils d’entrepôts aux marchandises qui transitaient entre l’Europe, l’Inde, les Indes occidentales, la Chine et le Japon. Soucieux d’obtenir des concessions de monopoles, les étrangers n’hésitaient pas, le cas échéant, à employer la force, comme les Hollandais, qui bloquèrent l’embouchure du Chao Phraya en 1664. En contrepartie, les taxes sur le commerce alimentaient les revenus de la Couronne.

Convoitises européennes

Par intérêts, les Occidentaux entrèrent à leur tour dans les combinaisons politiques intérieures pour la conquête­ du trône. En retour, les monarques siamois tentaient de neutraliser telle puissance étrangère, ancien allié devenu trop influent, en s’appuyant sur telle autre, attirée par la promesse d’un traité de commerce avantageux.

Ainsi Naraï (1656-1688) tenta-t-il, en vain, de s’appuyer sur les Anglais pour contrecarrer l’influence des Hollandais. Ceux-ci avaient, en effet, obtenu – une première dans l’histoire du Siam – les privilèges de l’extraterritorialité : si leurs ressortissants commettaient un crime au Siam, ils devaient être livrés au chef du comptoir de commerce et punis selon les lois des Pays-Bas. Le monarque se tourna, ensuite, vers les Français­, mais, vers la fin de l’année 1688, son successeur, le roi Phetracha (1688-1703), signait un nouveau traité avec la Hollande.

C’est à ses missionnaires catholiques que la France dut ses premières grandes relations avec le Siam : en 1662, M gr de La Motte Lambert obtint l’autorisation de pratiquer le culte catholique. L’amitié du roi donna à croire aux pères que sa conversion était imminente. L’enthousiasme de leurs missives fit espérer à Louis XIV l’obtention d’un bénéfice territorial pour la France, à la faveur du salut des âmes païennes du Siam. Les deux souverains échangèrent des ambassades, et, en 1685, Louis XIV dépêcha le chevalier de Chaumont , bientôt suivi, en 1687, par Ceberet et de La Loubère, accompagnés de 1 400 soldats français et de 300 artisans.

Le départ des Français

Naraï mourut en juillet 1688, et son successeur, Phra Phetracha, exigea le départ des troupes françaises, après avoir mis au jour un complot les impliquant. Dès lors, les rapports avec les Européens cessèrent presque entièrement, exceptions faites des missionnaires français et des commerçants hollandais, marquant le début d’un siècle d’isolationnisme. Les descriptions des derniers marchands européens témoignent d’une Ayutthaya précieuse : des palais royaux et des centaines de temples se dressaient à l’intérieur de l’enceinte entourant l’île-capitale. L’ abbé de Choisy , envoyé de Louis XIV, écrivait ainsi : « Je n’ai jamais rien vu de plus beau, malgré le fait que les temples soient les seuls édifices qui ne puissent se confondre avec la nature. »

Sous le règne de Boromakot (1733-1758), le Siam vécut ensuite une période de paix inaccoutumée, qui marqua l’âge d’or d’Ayutthaya. Poètes et artistes étaient nombreux à la Cour, donnant aux arts et aux lettres un essor sans égal auparavant. C’est à cette époque que des moines siamois furent invités à se rendre à Ceylan avec mission de purifier la communauté bouddhique cinghalaise.


La période de Bangkok (1782-1919)

Réunifier le royaume et construire l’État (1769-1851)

Le roi Taksin tient son nom de la ville de Tak, dont il fut gouverneur. Officier brillant et audacieux, il rassembla une armée et, après avoir refoulé toutes les forces birmanes présentes dans le pays – sauf à Ayutthaya qui tombe en 1767 –, il s’autoproclama roi à Thonburi, avant d’en faire sa capitale. De 1768 à 1776, il entama une longue campagne qui le mena d’abord vers le Nord-Est, puis vers le Cambodge et Nakhon Si Thammarat dans le Sud, pour s’achever par la prise de Chiang Mai et l’annexion du Lan Na, au nord. À la fin de 1776, le territoire du Siam se trouvait ainsi réunifié, et un souverain vassal régnait à Phnom Penh.

Cependant, manifestement atteint de paranoïa aiguë et devenu agressif envers son entourage, Taksin fut discrètement éliminé en 1781, et le trône échut au général Chakri. Héros de la campagne du Laos (devenue principauté vassale du Siam en 1778), l’homme prit le titre royal de Ramathibodhi, ou Rama I er (1782-1809).

Les premières mesures de la dynastie Chakri

Solidement établie, la dynastie Chakri ne connaîtra pas les guerres qui accompagnaient, jadis, la transmission du pouvoir. C’est d’ailleurs à une refondation de l’État que Rama I er et ses successeurs vont consacrer leurs efforts durant la première moitié de 19 e s. Siégeant désormais à Bangkok , la nouvelle capitale, les monarques étendent l’emprise de leur administration sur un pays aux limites mal définies. Pour ce faire, ils reconstituent un appareil législatif, unifient le dogme et les pratiques du culte bouddhique et, enfin, se saisissent d’une partie des ressources, notamment de la main-d’œuvre, indispensables aux grands travaux. La corvée annuelle obligatoire est ainsi portée à trois mois pour tout homme libre.

Le rôle des Anglais

Sur le plan extérieur, le conflit avec les Birmans continue de peser sur le premier tiers du 19 e s. Cette menace cesse cependant lorsque les Britanniques se rendent maîtres de la Birmanie – un voisinage d’autant moins rassurant que la Grande-Bretagne a également pris pied dans la péninsule malaise, directement au contact avec les États thaïs du Sud, eux-mêmes en révolte ouverte contre l’autorité de Bangkok. Mais les Anglais et les Américains, nouveaux venus en Asie, cherchent surtout à négocier de nouveaux marchés pour leurs industries, laissant le Siam et le Vietnam, à l’est, se disputer la prépondérance sur le Cambodge.

la modernisation (1851-1910)

Rama IV (1851-1868), également connu sous le nom de Mongkut , estimait que seule la modernisation mettrait le Siam sur un pied d’égalité avec l’Europe, permettant au royaume de choisir sa voie et de conserver son identité. La Grande-Bretagne sera la première nation européenne à bénéficier de cette ouverture. En 1855, un traité signé avec le représentant britannique du gouverneur de Hong Kong reconnaissait des privilèges extraterritoriaux à ses ressortissants, limitait la taxe sur les importations à 3 % et autorisait l’entrée de l’opium indien en franchise. Des traités similaires seront conclus avec les États-Unis, la France, le Danemark, le Portugal, la Hollande, l’Allemagne, la Norvège, la Suède, la Belgique, l’Italie, le Japon. Enfin, la fin du monopole d’État sur le riz fait de cette denrée le principal produit d’exportation du Siam.

La modernisation initiée par Mongkut s’intensifiera avec Chulalongkorn (1868-1910), ou Rama V , le règne le plus long de l’histoire thaïe. À la fois moyens et instruments d’une fiscalité centralisée, de nouveaux modes de transport vont, dans la première moitié du 20 e s., s’ajouter aux anciennes voies de communication terrestres et fluviales (caravanes de chevaux, de mulets ou d’éléphants). Le savoir-faire et les capitaux britanniques et allemands se révéleront nécessaires pour la mise en place du chemin de fer , entre 1892 et 1941, qui sera complété après la Seconde Guerre mondiale par l’aménagement d’un réseau routier relativement dense, en partie construit par les Américains.

Le prix de l’indépendance

En politique étrangère, Rama V joue la carte du compromis, payant l’indépendance du Siam en cessions territoriales aux puissances coloniales. Or, avec la conquête de l’Annam par la France, en 1883, et l’annexion de la haute Birmanie par la Grande-Bretagne, en 1886, le Siam se retrouve entre deux puissances expansionnistes rivales. Des conflits frontaliers, appuyés par une diplomatie de la canonnière, obligent alors le Siam à abandonner au profit de la France ses prétentions sur le Laos et le Cambodge occidental.

De même, en échange du renoncement à ses droits extraterritoriaux au Siam, la Grande-Bretagne obtient des territoires dans la péninsule malaise en 1909 (Kedah, Perlis, Kelantan et Trengganu). À la fin de son règne, Chulalongkorn aura cédé 120 000 km 2 de terres frontalières, mais il aura préservé la paix et l’indépendance du bassin du Chao Phraya.


L’armée au pouvoir ou la lutte des clans

Rama VI et l’idéal nationaliste

Éduqué en Angleterre, Rama VI (1910-1925) en revient avec une admiration exaltée pour l’idée de nation et devient l’initiateur d’un mouvement de nationalisme xénophobe qui prendra pour cible l’immigration chinoise. Les grands travaux (canaux et voies ferrées) avaient, en effet, favorisé l’immigration d’une main-d’œuvre de coolies chinois, tandis que les besoins de l’État et l’ouverture du système d’enseignement avaient permis à des Chinois d’entrer dans l’Administration.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le roi prend le parti de l’Angleterre, tandis que les élites, plutôt hostiles à la France, penchent pour l’Allemagne. Resté neutre, le pays y gagnera une place de membre fondateur de la SDN et la possibilité, avec l’aide américaine, de renégocier les traités inégaux le liant à la France et à la Grande-Bretagne. Le Siam conquiert ainsi sa totale souveraineté et la maîtrise de ses douanes. Mais, entouré de favoris, Rama VI pratique une gestion autocratique et dépensière de l’État, dans une période de fort déséquilibre commercial du pays.

L’embryon d’un parlement

Son successeur, Rama VII (1925-1935), décide de rétablir les comptes publics et amorce une double rupture qui préfigure les transformations institutionnelles que va connaître le royaume. Il s’entoure, en effet, du Conseil du royaume (composé de 5 princes) et du Conseil privé (élargi à 40 membres), organisation qu’il envisage comme l’embryon d’un parlement, formé sur le modèle anglais d’un sénat aristocratique et d’une chambre basse. Mais les élites roturières, de plus en plus nombreuses, elles aussi formées à l’étranger, restent à l’écart de cette combinaison et, de France ou d’Angleterre, des officiers, des juristes ou des médecins ramènent une critique du pouvoir oligarchique, fondée sur des idées de méritocratie, de justice sociale et de parlementarisme.

La fin de la monarchie et les nouvelles élites

La crise de 1929 et le choix désastreux de maintenir la parité or de la monnaie indexée sur la livre sterling vont affecter gravement les exportations de riz. Or, la politique de rigueur budgétaire qui s’ensuivit frappa surtout la bourgeoisie naissante, à travers la suppression de postes de fonctionnaires et la mise en place d’un impôt sur les seuls salaires, épargnant les revenus fonciers.

Cette situation de crise et le rapport de force devinrent favorables aux « jeunes-turcs » du régime. À l’été 1932, ceux-ci prirent le pouvoir sans difficulté et imposèrent au souverain une Constitution provisoire abolissant la monarchie au profit d’un régime transitoire, dont le caractère démocratique devait intervenir à moyen terme lorsque la population serait suffisamment scolarisée. Le choix des hommes placés aux postes clés, le droit de veto et de dissolution accordé au souverain, tout fut mis en œuvre pour rassurer l’étranger et les milieux conservateurs.

Cette mutation avait eu pour instrument le Parti du peuple, animé par ceux que l’on appelait alors les « promoteurs ». Alliées de circonstance, deux factions composaient cette formation politique : les militaires, plus conservateurs, liés aux propriétaires terriens et à leurs clientèles populaires, et les civils, plus progressistes, appartenant aux bourgeoisies urbaines du commerce et du savoir. Deux courants, incarnés le premier par Pridi , juriste, le second par Phibun , officier.

Occultant une véritable démocratisation de la vie politique, leur rivalité allait désormais occuper – et occupe encore – le devant de la scène publique siamoise. Moins d’un an après le coup d’État, le programme économique et social proposé par l’aile gauche du parti allait provoquer la première crise du régime et fédérer les militaires et leurs alliés, le roi et les anciennes élites princières en un bloc conservateur et anticommuniste. En novembre 1933, les premières élections donnaient la majorité aux civils, qui constituèrent un gouvernement d’union avec les militaires.

Le régime militaire

C’est la maîtrise de l’appareil administratif civil et militaire, et la conquête progressive des postes clés (l’Intérieur, la Défense) qui donnèrent à l’armée le contrôle du pays, alors même que les élections de 1938 envoyaient une majorité « sociale-démocrate » au Parlement. La trop brève expérience du pluralisme ne survécut pas à l’arrestation et à l’exécution des nombreux opposants.

Revendiquant explicitement l’influence du pangermanisme, les forces au pouvoir entendaient faire de la doctrine « pan-thaïe » – de Siam, le pays devenait la Thaïlande – un principe de gouvernement sur le plan intérieur. Cela se traduisit par une série de lois discriminatoires contre la diaspora chinoise et un principe expansionniste visant à conquérir des territoires peuplés en majorité de populations de famille linguistique thaïe.

Qu’il s’agisse de l’embrigadement de la jeunesse, de la diffusion d’une idéologie nationaliste ou du culte de la personnalité de Phibun, l’État adopta les méthodes des fascismes européens. Or, plus en désaccord sur la place réduite qui lui était faite que sur la nature même du régime, Rama VII s’était exilé en Grande-Bretagne, en 1935, sans désigner de successeur. Le choix du prince Ananda , alors âgé de 10 ans, et la nomination d’un Conseil de régence équivalaient à une quasi-suppression de la fonction monarchique.

De la Seconde Guerre mondiale…

Pour l’état-major thaï, la débâcle militaire française de juin 1940 fournissait l’occasion de réviser les traités accordant à la France la rive gauche du Mékong et les provinces cambodgiennes de Battambang, Siem Reap et Sisophon. Le gouvernement de Vichy s’y refusa, mais après quelques combats avec les troupes françaises et sous la pression du Japon, devenu dominant dans la région, la Thaïlande annexait ces territoires par le traité du 9 mai 1941.

Soutenu par une assemblée nommée pour moitié par son gouvernement, Phibun faisait figure de héros national, vainqueur de la France. Jusqu’à l’ultimatum des troupes japonaises (7 décembre 1941) exigeant la liberté de traverser le territoire thaï en direction de la Birmanie britannique, le pays avait maintenu un équilibre neutre entre les belligérants, le Japon et la Grande-Bretagne. Mais, confronté à l’entrée de l’armée nipponne, Phibun signa une alliance militaire avec Tokyo et déclara la guerre à la Grande-Bretagne.

En dépit de sa relégation au Conseil de régence, privé de pouvoirs politiques, Pridi et certaines factions de l’élite – comme l’ambassadeur de Thaïlande à Washington, qui ne transmit jamais la déclaration de guerre au gouvernement américain – organisèrent la résistance aux troupes d’occupation japonaises à travers le mouvement Seri Thai, les « Thaïs libres ».

Les difficultés de la guerre (pénuries, rationnements, bombardements alliés, répression japonaise) affaiblirent la position de Phibun, qui démissionna à l’été 1944 au profit du tandem Pridi-Kuang. Pour ces derniers, la tâche consista d’abord à placer la Thaïlande dans le camp des vainqueurs, malgré les actes de guerre contre la Grande-Bretagne et la France.

… à la guerre froide

Grâce à l’appui des États-Unis et au prix de la restitution des territoires enlevés aux deux empires coloniaux, la Thaïlande entra à l’ONU en 1947. Dans le contexte de la guerre froide et de la guerre de Corée, le retour des militaires au pouvoir, en 1949, l’élimination brutale des opposants et la fin de la démocratie ne soulevèrent aucune réaction sur le plan international. Considéré comme le seul allié sûr dans une région menacée par le communisme, le pays entra dans l’orbite américaine. Washington y envoya des troupes accompagnées de crédits considérables au profit de l’éducation, de l’agriculture et des infrastructures – une manne dont les militaires et leurs clientèles détournèrent une part non négligeable.

Mais la menace que représentait le retour, en 1951, d’un nouveau roi, l’actuel Rama IX , ramena à la Constitution de 1932 (une chambre unique nommée pour moitié), confortant le pouvoir de la junte, qui entreprit une répression des activités antithaïes (sous-entendu anticommunistes), frappant aussi bien les intellectuels que toute la « gauche » et les Chinois.

Querelles au sommet sur fond de croissance économique

Malgré quelques timides signes d’assouplissement du régime (l’abrogation en 1955 des mesures discriminatoires à l’encontre des Chinois, l’autorisation du pluripartisme), les luttes pour le pouvoir se déroulaient exclusivement dans le cadre étroit des factions déjà installées, notamment entre la police et l’armée. Représentée par trois hommes, Sarit, Thanom et Prapat, cette dernière l’emporta en 1957, demeurant l’unique force au pouvoir. La seule véritable difficulté résidait dans les élections, toujours délicates à manipuler, même avec de nombreux et puissants instruments de pression, comme en témoigna l’échec de l’armée lors du scrutin de 1958.

Sarit s’attacha alors à mettre en place un régime combinant la dictature politique à un programme économique et social populiste – le tout coloré par un retour aux traditions, notamment à la monarchie, seule capable de légitimer le pouvoir. Sa mort, en 1963, mit en lumière l’étendue de la corruption dont il s’était rendu coupable.

L’appui des Américains

L’équipe Thanom-Prapat réintroduisit un certain pluralisme politique, tout en confisquant le pouvoir et en obtenant une légalité apparente grâce à des constitutions provisoires. Mais la pérennité du gouvernement de la junte militaire (1958-1973) s’explique surtout par le développement économique et social du pays, favorisé par l’aide financière américaine. La guerre en Indochine et les liens étroits des dirigeants thaïs avec les régimes nationalistes du Laos et du Cambodge contre les mouvements communistes (soutenus par le Vietnam du Nord et la Chine), puis l’intensification de la guerre du Vietnam (où la Thaïlande envoya 10 000 hommes) renforcèrent la présence militaire américaine sur le sol thaï.

Le retour de la société civile

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la population thaïlandaise avait doublé. La classe moyenne urbaine était de plus en plus nombreuse et instruite, mais privée de débouchés.

C’est tout naturellement les étudiants qui, en 1972, prendront la tête d’un vaste mouvement de mécontentement, visant aussi bien l’absence de Constitution démocratique que le stationnement des troupes américaines et la hausse des prix. La contestation s’amplifiera pour aboutir aux grandes manifestations d’octobre 1973 , qui tournèrent à l’émeute et furent violemment réprimées par la police, faisant de nombreux morts. Cet élan populaire, bien que sans précédent, n’aurait sans doute pas abouti à un changement de régime si les détenteurs du pouvoir n’avaient pas perdu le soutien du roi et celui de l’armée.

Avec un sénat nommé par le roi, une assemblée élue au suffrage universel et surtout l’inéligibilité des fonctionnaires et des militaires, la Constitution du 5 octobre 1974 remettait le pays sur la voie de la démocratie, mais dans un climat d’extrême méfiance à l’égard de la classe politique. Sur fond de fin de guerre du Vietnam, de retrait américain et de hausse du prix du riz, des groupes paramilitaires d’extrême droite vont se livrer à une impitoyable chasse anticommuniste, visant les étudiants et les syndicalistes paysans et ouvriers. Une lutte qui culminera dans l’assaut donné, le 6 octobre 1976, à l’ université de Thammasat (à Bangkok), dont certaines scènes, d’une violence inouïe, ont fait le tour du monde.

Ignorant la Constitution, une énième reprise en main par l’armée ramène l’ordre, mais au prix de la suspension des libertés civiles. Dans un contexte difficile marqué par l’arrivée de près 600 000 réfugiés cambodgiens et la forte augmentation du prix de l’énergie consécutive aux deux chocs pétroliers, la formation du premier cabinet du général Prem , au début des années 1980, devait pourtant ouvrir une ère d’exceptionnelle stabilité politique, avec un retour à la croissance et à la démocratisation. La transition, en 1988, par voie électorale, avec le gouvernement du général Chatichaï illustra ce processus, que le coup d’État du général Suchinda (février 1991), accompagné de manifestations d’une répression sanglante, n’entrava pas.


La vie politique aujourd’hui

Le multipartisme galopant et l’instabilité gouvernementale chronique demeurent les traits caractéristiques du jeu politique thaï. Pour les nouvelles élites civiles du monde des affaires, possédant plus de moyens financiers que de légitimité régionale, l’achat des voix pallie l’enracinement local. Le chaos du paysage politique reflète un véritable besoin de rupture ; or, la Thaïlande en est-elle capable aujourd’hui ?

Une monarchie constitutionnelle

Trois forces semblent capables de peser sur ce cercle vicieux pour l’infléchir : le roi, l’éthique bouddhique et la société civile.

La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle. Le souverain est le chef de l’État et des armées, il nomme le Premier ministre et, sur la proposition de ce dernier, le Conseil des ministres, qui exerce le pouvoir exécutif. Outre ses fonctions institutionnelles (en principe dénuées de pouvoir effectif), le roi n’intervient dans la vie politique qu’occasionnellement, mais c’est précisément la rareté de ces interventions qui lui confère une autorité absolue.

L’actuel roi Bhumibol , ou Rama IX , avait ainsi appelé à l’arrêt de la violence en 1973 et en 1992. Il a pu également, par des engagements personnels, notamment à travers des programmes sociaux, indiquer des priorités. Ses conseils et l’intérêt qu’il porte à son peuple lui valent d’ailleurs un profond respect de la part de toute la nation.

La religion bouddhique – à dissocier du clergé, qui s’est parfois compromis avec les juntes et la répression anticommuniste – et sa morale de détachement peuvent susciter chez certains des comportements vertueux. Or, la vertu séduit les Thaïs.

Enfin, se méfiant des querelles de clans, la société civile, durement touchée par la crise de 1997, a vu des signes encourageants dans la réforme de la Constitution et l’élection des sénateurs au suffrage universel.

d’une crise à une autre

On assiste également à une entrée remarquée en politique des hommes d’affaires. Cette évolution a culminé lors de l’élection, en 2001, au poste de Premier ministre du magnat des télécommunications, Thaksin Shinawatra, leader du parti Thaï Rak Thaï (« les Thaïlandais pour la Thaïlande »). Régulièrement réélu jusqu’en 2006, Thaksin a constitué le premier gouvernement sans coalition depuis des décennies. Cependant, sa décision de dissoudre l’Assemblée en février 2006 et les élections d’avril 2006 aux résultats contestés aboutissent à sa destitution le 19 septembre 2006, lors d’un coup d’État militaire dirigé par le général Sonthi. Dissolution du Parlement, gouvernement militaire, annulation de la Constitution et instauration d’un Conseil national de sécurité : c’est le début d’une période de crises politiques successives.

L’influence de Thaksin

Un tournant a lieu en mai 2007, lorsqu’un tribunal exige la dissolution du Thaï Rak Thaï. Les vives réactions montrent l’ambivalence du bilan politique de Thaksin : adoré dans les milieux ruraux pour ses actions concrètes (salaire minimal et sécurité sociale), il est détesté par une partie de la population, qui voit en lui un homme d’affaires corrompu. Son influence est telle qu’en décembre 2007, le Parti du pouvoir du peuple (fidèle à Thaksin et à sa politique) remporte les élections législatives. Samak Sundaravej, nommé Premier ministre, forme alors un gouvernement composé de partisans de Thaksin. Une année mouvementée s’annonce.

Un record à battre

En 2008, la politique menée suit les inclinaisons populistes de Thaksin. Mais le climat est plus tendu que jamais : dans un contexte économique relativement favorable, la Thaïlande n’arrive pas à tendre vers une mutation démocratique. En septembre, Somchai Wongsawat (beau-frère de Thaksin) devient le nouveau Premier ministre et doit faire face aux menaces d’une révolte sociale. L’opposition, représentée par l’ Alliance du peuple pour la démocratie , ne cesse d’organiser des manifestations et d’appeler à la destitution du gouvernement, jugé illégal. Le point d’orgue est atteint lors de l’occupation pendant des semaines des deux aéroports de Bangkok par les « Chemises jaunes » (en référence à la couleur royale). En parallèle, la Cour constitutionnelle prononce en décembre la dissolution du gouvernement pour fraude électorale. Abhisit Vejjajiva , du Parti démocrate, devient le troisième Premier ministre en moins d’un an, triste record.

Lors du premier trimestre 2009, le pays a connu de nombreuses manifestations, parfois sanglantes, toujours révélatrices d’une crise en profondeur. La Thaïlande se trouve à un moment clé de son histoire et va devoir trouver les moyens de rétablir la stabilité et la confiance.

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